Le droit et la justice - cours niveau lycée

Le droit et la justice.

Mr Roinet, professeur de philosophie au Lycée Mistral (Fresnes)

Prise de note d'élève.

Introduction

Pour guider leurs actions au sein de leur société, les hommes se sont dotés de plusieurs notions : la morale, qui inscrit les valeurs relatives au bien et au mal ; le droit qui distingue tout ce qui est permis et ce qui ne l'est pas ; la politique qui organise et dirige le libre ensemble de la communauté historique. Or ces trois domaines n'ont pas toujours été différenciés.

Cependant dans les sociétés modernes, chacun de ces domaines a pris son autonomie : on distingue une mauvaise décision politique d'un délit, d'une faute morale. Ex : un dirigent politique qui n'a pas su diminuer le chômage en répondra devant ses électeurs au plan politique, mais s'il a commis des abus de pouvoir en transgressant les lois, il devra en répondre devant les tribunaux sur un plan juridique. Quant à savoir s'il a agit par manque de scrupules ou en homme exclusivement intéressé par le bien public, c'est une question qui relève de la morale.

Il nous est pourtant bien difficile d'admettre qu'une mesure puisse être justifiée sur l'un de ces plans et non sur un autre, et que nos exigences morales ne fassent pas toujours loi dans le droit ou en politique : ce qui est juste ne le serait-il pas dans l'absolu ? De ce fait, la confusion des domaines comporte des risques d'abus qui ont conduit à une séparation des pouvoirs : si chacun de ces domaines à des objectifs et des règles qui lui sont propres, faudra-t-il les séparer totalement pour autant ?

       I.            Faut-il considérer que le droit n'a pas à ce soucié de la morale ?

Il arrive qu'une décision de justice heurte la morale par sa dureté (ex : Jean Valjean). Cependant le propre des règles de droit est qu'elles doivent être respectées quelque soit le jugement moral que porte chacun sur elles.

è Le droit n'aurait-il pas à être juste sur le plan moral ?

A.     Qu'est ce qui distingue le droit de la morale ?

Le droit et la morale ont en commun de dure aux hommes se qu'il faut et ce qu'il ne faut pas faire. Ex : le commandement tu ne tueras point est à la fois un impératif moral et une interdiction légale. Cependant leurs commandements ne sont pas de même nature et ne se situe pas sur le même plan : il y a une distinction.

1-      La morale : c'est un ensemble d'idées et de sentiments qui obligent intérieurement un sujet à respecter des valeurs choisit librement sous peine de honte ou de remord de conscience. Tandis que le droit est un ensemble de règles extérieures à la conscience que le sujet est contraint de respecter sous peine de sanctions. C'est pourquoi Hegel écrit qu'à la différence de la morale, le droit implique « une disposition de l'esprit qui consiste à respecter le droit pour lui-même. » Il précise : « Le droit ne dépend pas de l'intention qu'on a en agissant. On peut faire quelque chose avec une excellente intention, la conduite n'est pas pour autant justifié, mais peut être, sans qu'on y prenne garde, contraire au droit. Sur le droit comme tel, cette intention n'a aucune influence. Le droit n'a rien à voir avec la conviction, que ce que j'ai à faire soit juste ou injuste. Tel est particulièrement le cas en ce qui concerne la punition. On tache sans doute de persuader le criminel qu'on le punit de bon droit, mais qu'il soit ou non convaincu ne change rien au droit qu'on lui applique. Enfin le droit ne dépend non plus en rien de la disposition d'esprit dans laquelle un acte est accomplit. Il arrive très souvent qu'on agisse de façon correcte par simple crainte de la punition ou parce qu'on a peur de n'importe quelle autre conséquence désagréable, tel que perdre sa réputation. (...) Il se peut qu'en agissant selon le droit, on songe à sa récompense qu'on obtiendrait ainsi dans une autre vie. Le droit comme tel est indépendant de ces dispositions d'esprit. »

2-      La morale incite l'individu à éprouver des sentiments altruistes de respect, fraternité ou d'amour. Kant lui donne la forme de l'impératif inconditionnel, c'est-à-dire un commandement qui s'impose quelque soit les circonstances, consistant à toujours traiter autrui comme une fin et jamais comme un moyen. (Fondement de la métaphysique des mœurs). De son côté, le droit quant à lui ne demande que de respecter des règles égales pour tous, et il tolère l'individu soit inspiré dans ses actions par son seul intérêt personnel. C'est-à-dire que le droit permet à l'individu malhonnête, malveillant mais prudent d'agir légalement de façon à ne pas subir de sanctions.

3-      Enfin les conflits entre devoir et morale ne peuvent être résolu par une confrontation ni soumis au jugement d'un tiers, ils sont indécidables. Ex : l'interruption volontaire de grosse. C'est autorisé par la loi, mais moralement parlant, est-ce un crime ? C'est pourquoi pour trancher de façon pacifique entre les conflits d'intérêt et de conviction, il a fallu établir un ensemble de règles et de procédures s'imposant à tous : le droit positif, c'est-à-dire le droit qui a été établit par opposition au droit naturel, c'est-à-dire le droit tel que les lumières de ma raison me donne à penser. Toutefois le droit positif ne sera accepté que s'il est reconnu juste par les sociétés. Mais est-il possible que tous les membres d'une même société s'accordent sur l'idée de justice ?

B.     L'idée de justice est elle purement relative ?

Il n'est aucune loi qui est été tenu pour juste pour tous toujours. Un tel constat peut conduire au positivisme juridique, selon laquelle chaque ensemble de normes juridiques ne vaut que relativement à la société qui l'a adopté. L'argument des relativistes est que si la raison humaine est tout à fait capable de justifier un jugement de fait qui dit ce qui est, elle est en revanche incapable de justifier un jugement de valeur qui dit ce qui doit être (ex : on doit payer des impôts). Aussi un relativiste cohérent devrait considérer comme moralement équivalent tous les systèmes juridiques pourvu que les lois soient appliquées avec impartialités et que les procédures régulières soient respectées. Or cette dernière close fixe précisément une limite au relativisme absolu sur le plan moral. En effet car le seul fait de reconnaitre la nécessité de procédure pour rendre la justice constitue déjà un choix moral : celui qui fait préférer les formes du procès la vengeance personnelle, les délais de réflexion à l'emportement, les débats contradictoires aux décisions arbitraires. Pour Epicure, le droit n'existe que par des conventions qui varient selon les circonstances de la vie sociale, mais dans son principe, il est toujours fait pour éviter aux hommes de se nuire mutuellement : « Le droit naturel est une convention utilitaire en vue de ne pas se nuire mutuellement. La justice et l'injuste n'existent pas par rapport aux êtres qui n'ont pas pu conclure de pacte dans le but de ne point se nuire mutuellement. Elles n'existent pas non plus par rapport aux peuples qui n'ont pas pu ou qui non pas voulu conclure de tel pacte en vue de ne pas subir des dommages. La justice n'existe pas en elle-même, elle est un contrat social entre les sociétés, dans n'importe quelle lieu et n'importe quelle époque pour ne pas causer et ne pas subir de dommage. (...) En général, la justice est la même pour tous étant donné qu'elle présente un avantage pour les relations sociales. Mais par rapport à tel pays particulier et autres circonstances déterminantes, la m chose ne s'impose pas à tous comme juste. » (Les maximes fondamentales 31 à 37).

Pour conclure, on peut tout à fait avoir une conception relative de la justice, et dans ce cas là, le droit consiste donc à énoncer des règles et les appliquer de façon équitable par des procédures régulières. Mais l'application équitable des règles suffit-elle pour que le droit soit toujours juste ou faut-il que les règles elles-mêmes le soient ?

C.     A quelles conditions les règles du droit sont-elles indiscutablement juste ?

La justice consiste à attribuer ç chacun ce qui lui est dû : c'est le juste proportionnel d'Aristote. Une telle définition de la justice suppose deux conditions : qu'on dispose d'une règle permettant de mesurer et d'évaluer ce qui revient à chacun ; et qu'on applique cette règle équitablement à touts sans exception.

1-      Un homme est une femme qui ont effectué le même travail doivent -ils recevoir le même salaire ? poser la question, c'est y répondre : un salaire différent serait injuste car sans référence à une règle. Si bien que le principe de la justice peut s'énoncer ainsi : il est juste de traiter également les cas semblables. Mais si l'un des deux travaux est plus pénible, l'injuste serait de donner le même salaire aux deux. Si bien que le principe de justice serait : il est juste de traité également les cas semblables et inégalement des cas différents. Ainsi il y a des cas où la justice ne consiste pas à donner à tous les mêmes avantages mais de les distribuer proportionnellement pour donner à chacun son dû. J. Rowns Théorie de la justice.

2-      Pourtant une question subsiste. Certes, on donne à chacun son dû mais proportionnellement à quoi ? a quelle règle ? Qu'est ce qui doit être pris en compte : l'effort consenti par l'employer ? ses besoins ? le service rendu à la société ? ou la longueur de ses études ?  Sur ce point les avis sont divers et variables, et souvent de façon indécidable. On trouve le problème aujourd'hui encore : est dire qu'aucune règle ne peut être considérer comme universellement juste et faut il alors se borner ç suivre aveuglément le droit en vigueur ?

D.     Il y a-t-il des valeurs morales universelles au dessus des lois ?

Autrement dit, peut on donner un fondement moral universel au droit ? Nous examinerons les grandes étapes des philosophes de l'Histoire pour préciser un tel fondement ;

1-      Que faire quand les règles du droit, par ailleurs légitimes, semble en opposition avec la morale ? ex : il arrive que le respect du droit de propriété empêche de donner un toit ou de la nourriture à des malheureux dans le besoin. Thomas d'Aquin (13ème siècle) présente la morale comme l'expression d'un droit supérieur : est-il permis de voler en cas de nécessité ? « Ce qui est de droit humain ne saurait déroger au droit naturel ou au droit divin. Or selon l'ordre naturel établit par la providence divine, les êtres inférieurs sont destinés à subvenir aux nécessités de l'homme. C'est pourquoi leur division et leur appropriation ouvre au droit humain, n'empêche pas de s'en servir pour subvenir aux nécessités de l'homme. Voilà pourquoi les biens que certains possèdent en surabondance son dû, de droit naturel, à l'alimentation des pauvres. Ce qui fait dire à Saint-Ambroise et ces paroles sont reproduites dans les décrets : ‘c'est le pain des affamés que tu détiens, c'est le vêtement de ceux qui sont nus que tu renfermes. Ton argent c'est le rachat et la délivrance du miséreux et tu l'enfouie dans la terre.'  Toutefois, comme il y a beaucoup de miséreux et qu'une fortune privée ne peut venir au secours de tous, c'est à l'initiative de chacun qu'est laissé le soin de disposer de ses biens, de manière à venir au secours des pauvres. Si cependant la nécessité est tellement urgente et évidente que manifestement il faille secourir ce besoin pressant avec les biens que l'on rencontre -par exemple lorsqu'un péril menace une personne et qu'on ne peut autrement la sauver - alors quelqu'un peut licitement subvenir à sa propre nécessité avec le bien d'autrui, repris ouvertement ou en secret. Il n'y a la ni vol ni rapine à proprement parler. » (Somme théologique Q66 article 7 1266-1274) à il y a des valeurs universelles qui relève du droit naturel.

2-      Mais que faire quand les lois établies par le droit positif semblent être totalement contraire à la justice ?  La conscience morale dans un tel cas commande alors de leur désobéir. Antigone (de Sophocle) symbolise précisément le refus d'obéir à une loi injuste. Certes, en choisissant d'écouter sa conscience plutôt que d'obéir à la loi, elle n'ignore pas qu'elle met en danger la paix civile. Mais elle estime obéir à un droit supérieur que les philosophes appelle le droit naturel, c'est-à-dire antérieur et supérieur aux conventions humaines et au droit positif et nul n'est autorisé à la modifier ou à le transgresser. Cicéron : « Ce qu'il y a de plus insensé c'est de croire que tout ce qui est réglé par les institutions ou les lois des peuples est juste. (...)Si la volonté des peuples, les décrets des chefs, les sentences des juges faisaient le droit, pour créer le droit au brigandage, à l'adultère, à la falsification des testaments, il suffirait que ces façons d'agir eussent le suffrage et l'approbation de la multitude. Ou pourquoi la loi qui, de l'injuste peut faire le droit ne convertirait-elle pas le mal en bien ? C'est que pour distinguer une bonne loi d'une mauvaise, nous n'avons d'autres règles que la nature. Et non seulement la nature nous fait distinguer le droit de l'injustice mais d'une manière générale, les choses moralement belles de celles qui sont laides ; car une sorte d'intelligence, partout répandu, nous les fait connaitre, et incline nos âmes à identifier les premières aux vertus et les secondes aux vices. Or croire que ses distinctions sont de pures conventions et non fondé en nature, c'est de la folie. » (Des lois 108-43) C'est en inscrivant sa démarche dans cette tradition qu'en 1945 le tribunal de Nuremberg a invoquer le droit naturel pour juger les hauts responsables nazis.

a)      Ceux-ci, sans exception, disaient qu'ils avaient invoqués l'obéissance de bons citoyens aux lois de son Etat.

b)      Il leur fut opposé par le tribunal que leur politique avait violée aux principes que nul être humain ne peut ignorer : rien n'autorise à nier le droit à la vie, à la liberté, à la dignité qui est nécessaires à toute vie humaine ; rien n'autorise à priver de ses droits fondamentaux une catégorie d'humain ; quelque soit le critère choisit pour définir celle-ci (race, religion, sexe, classe...). Ces principes déclarés par l'ONU en 1947 servent désormais de référence légitime et objective à toute personne placée un ordre qu'elle jugera criminel. Ces mêmes principes lui permettent de réclamer le plain exercice de ces droits, aidé par la communauté internationale qui s'autorise à sanctionner leur violation à grande échelle par les Etats. Pour conclure, il semblerait que dans le contexte historique de ce 20ème siècle, le droit se soit donné un fondement moral universel. Mais ces principes ont-ils les moyens de s'imposer en politique ?

    II.            La politique peut-elle se conformer au droit ?

A la différence de la morale, le droit doit pouvoir disposer de la contrainte pour atteindre ses objectifs. Or seule une force publique qui relève de l'organisation politique de la société lui permet d'exercer cette contrainte. Cependant, pour interdire un usage arbitraire de cette force, il a fallu que l'Etat soit soumis aux mêmes aux lois que ses citoyens (= Etat constitutionnel de droit). En effet, dans un Etat de droit, tout citoyen peut assurer sa défense contre les autres et contre l'Etat. Pour répondre à cette question, nous aborderons trois points.

A.     La force peut-elle être au service du droit ?

En effet, comment éviter que le pouvoir politique sous la pression de certains intérêts particuliers ne fasse un usage arbitraire de cette force dont il est le seul détenteur ? Comment écarter le soupçon que le droit soit le déguisement de la force ?

1-      Au 17ème siècle, Pascal posait déjà cette question de la relation entre la force et le droit : « Justice, force. Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi si on veut préserver sa vie. La justice sans la force est impuissante ; la force sans justice est tyrannique. La justice sans force est contredite parce qu'il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela, faire que ce qui est juste soit fort ou ce qui est fort soir justice (...). Ne pouvant faire qu'il soit force d'obéir à la justice, on a fait qu'il soit juste d'obéir à la force ; ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force afin que la justice et la force fassent ensemble et que la paix fût, qui le souverain bien. » (Pensées maximes 238 et 285)

2-      Au 19ème siècle, Marx pousse cette idée jusqu'à sa limite et considère que la morale et le droit n'ont aucune existence autonome car ils ne sont que la justification des intérêts économiques et sociaux et la classe dominante.

3-      Le libéralisme politique conscient du faut que tout détenteur d'un pouvoir est exposé à la tentation d'en abuser, à chercher à se protéger de l'arbitraire par la séparation des pouvoirs. Montesquieu en a exposé le principe au 18ème siècle dans L'esprit des lois pour empêcher que le pouvoir politique ne soit juge et partie ; la constitution d'un Etat libre doit séparer ce qui revient au pouvoir législatif et ce qui revient au pouvoir exécutif et ce qui revient au pouvoir judiciaire (créer, appliquer, contrôler).

4-      Ce jeu légal de contrepoids dans un Etat de droit est renforcé aujourd'hui par les contre pouvoirs au sein de la société civile tel l'opinion publique, les partis politiques, les syndicats, les associations, les moyens d'information qui surveillent le gouvernement par en bas (droit de grève et de manifestation) et par en haut par le conseil constitutionnel (ex : subvention scolaire, etc.).

B.     Les impératifs de la politique justifient-ils la désobéissance au droit ?

Lorsque les intérêts supérieurs d'une nation sont en jeu, les gouvernants invoquent parfois la raison des peuples qui les autorise pour la bonne cause prendre des libertés avec le droit. Au 18ème siècle, Thomas Hobbes recommandait que les citoyens donnent un pouvoir absolu au prince qui les gouverne, c'était selon lui la condition de la paix civile même avec le risque d'un despotisme.

1-      Les constitutions prévoit même que dans certaines conditions, les garantis légales peuvent être exceptionnellement suspendu (article 16). Mais dans un tel cas, le pouvoir politique est juge et parti (car il lui appartient de décider quand ces exceptions se justifie).

2-      Le cas est différent quand c'est le peuple lui-même qui prend l'initiative de la révolte quand l'Etat ne lui laisse aucun recours juridique. La déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Dans cette vue, elle a inscrit dans l'article 2 « le droit de résistance à l'oppression » en faisant de ce dernier l'in des droits les plus fondamentaux des droits de l'homme. toutefois, si l'on admet que c'est l'affaire d'un peuple souverain de défendre ses droits face à l'oppression, qui peut se sentir autorisé à intervenir quand c'est un autre Etat qui opprime son peuple ? Ne faudrait-il pas pour cela un droit international ?

      C. Faut-il espérer le règne mondial du droit ?

Si le droit a pu jouer un rôle pacificateur dans les sociétés, pourquoi ne pourrait-il le faire à l'échelle planétaire ?

1-      Comme tout droit, un droit supranational supposerai trois conditions.

a)      Une législation commune.

b)      Un tribunal indépendant.

c)      Une police efficace.

Or la première condition est partiellement remplie avec les conventions qui règlementent la guerre (ex de Genèvre), l'ONU et surtout la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.

La seconde condition se met en place avec les tribunaux nationaux et le Tribunal Pénal International (46 pays pour le moment).

Et pour la troisième, on est encore loin du compte mais des progrès sont observés depuis quinze ans (guerre du Golfe, Bosnie, Kosovo...). L'idée avait été défendue par Kant : que chaque Etat donne une part de son armée à l'ONU.

2-      Cependant c'est le projet d'un droit cosmopolitique qui ferait du monde entier une seule cité qui heurte à des objections de principes.

a)      Les partisans de la souveraineté absolue des Etats contestent le principe même d'une ingérence dans leurs affaires intérieures par le principe d'autodétermination des peuples. Ils estiment que les peuples doivent eux mêmes régler leurs problèmes par des affrontements et des compromis comme ce fut toujours le cas dans l'Histoire.

b)      Selon les souverainistes, le refus du droit d'ingérence s'impose d'autant plus que les Etats interventionnistes qui se présente comme les tenants du droit sont des justiciers autoproclamés, motivés par leur propres intérêts ? faut-il alors en conclure que chaque Etat doit rester maitre chez lui quand il bafoue le monde ?

Kant : l'Histoire s'achemine vers un droit au dessus de l'Etat : projet de paix perpétuelle. (...).

La politique peut se conformer au droit quand elle se confond avec l'Etat de droit, d'inspiration libérale mais au niveau mondial elle a des difficultés à se conformer au droit, notamment avec l'ONU qui a des problèmes d'argent. Il faut faire preuve d'optimisme de la volonté, d'un pessimisme de l'intelligence.

   III.            La morale peut-elle juger la politique ?

La morale et la politique ne font pas bon ménage quand l'homme d'action tient seulement compte du réalisme et quand le défenseur de la morale s'en tiens exactement aux principes. Si l'on veut dépasser ce dialogue de sourd il faut commencer par rappeler des réalités simples : toute action humaine vise un but à atteindre. Pour cela, elle a besoin d'employer des moyens. Elle aboutira à des conséquences. Ainsi, sur quoi doit on juger une action politique ? A partir de quels critères ? Les objectifs poursuivis ou les procédés employés ?  

A.     Peut-on distinguer une éthique de la conviction et une éthique de la responsabilité ?

Question de Weber, son argumentation :

Du point de vue de la morale, Kant écrit : « La seule chose qui soit bonne, véritablement, c'est une volonté bonne ». Une action devrait être jugée moralement en fonction des convictions qui l'inspire et non en fonction des conséquences. Or, selon Weber, l'action politique vise explicitement à agir sur le destin des hommes. Et une décision politique entraine parfois des conséquences désastreuses et alors l'innocence de l'auteur ne peut suffire à l'excuser. En effet la décision politique est toujours une prise de risque dont il convient d'évaluer toutes mes conséquences possibles en faisant même la part des choses imprévisibles. Pour conclure, selon lui, un homme politique ne peut se tenir pour non-responsable de ses actions en se drapant dans la pureté de son intention : « Toute activité orienté selon l'éthique peut être subornée à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposés. Elle peut s'orienter selon l'éthique de la responsabilité ou selon l'éthique de la conviction. Cela ne veut pas dire que l'éthique de la conviction est identique à l'absence de responsabilité et l'éthique de responsabilité identique à l'absence de conséquence. Il n'en ai évidemment pas question. Toutefois, il y aune opposition abyssale entre l'attitude de celui qui agit selon les maximes de l'éthique de conviction - dans un langage religieux nous dirions « le chrétien faut son devoir et s'ne remet à Dieu » - et l'attitude de celui qui agit selon l'éthique de responsabilité qui dit « nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes ». Lorsque les conséquences d'un acte fait par pure conviction sont fâcheuses, le partisan de cette éthique n'attribuera pas la responsabilité à l'argent mais au monde, à la sottise des hommes ou encore à la volonté de Dieu qui a créé les hommes ainsi. Au contraire le partisan de l'éthique de responsabilité comptera justement avec les défaillances communes de l'homme et il estimera ne pas pouvoir se décharger sur les autres des conséquences de sa propre action pour autant qu'il aura pu les prévoir. Il dira donc « ces conséquences sont imprévisibles à ma propre action ». Le partisan de l'éthique de conviction ne se sentira responsable «  que de la nécessité de veiller sur la flamme de la pure doctrine » afin qu'elle ne s'éteigne pas, par exemple sur la flamme qui anime la protestation contre l'injustice sociale. Ces actes qui ne peuvent et ne doivent avoir qu'une valeur exemplaire mais, qui considéré du point de vue du but éventuel sont totalement irrationnels, ne peuvent que avoir cette seule fin « ranimer la flamme de sa conviction ». (Le savant et le politique) Pour Weber, la politique ne peut se caractériser que par une éthique de la responsabilité car avec l'éthique de la conviction, risque de devenir irrationnel et d'être frappé d'impuissance.

B.     En politique, tous les moyens sont-ils bons ?

L'homme d'Etat qui a la responsabilité d'une communauté historique se retrouve souvent devant la tentation pour garantir la paix civile de par exemple recouvrir à des mesures immorales et il peut même en rajouter en s'abritant derrière la raison d'Etat. Et ainsi certains seraient conduits à penser qu'en politique, la fin justifie les moyens.

1-      Nicolas Machiavel (1469-1527) conseiller de Médicis, conseille aux chefs d'Etat de ne pas hésiter à avoir recours à des restrictions immorales en cas nécessité uniquement et tout en s'efforçant dans le même de temps de passer pour aussi vertueux que possible dans l'espace publique. Le Prince : « Ainsi donc, pour en revenir aux bonnes qualités énoncées ci-dessus, au chapitre XV, il n'est pas bien nécessaire qu'un prince les possède toutes, mais il l'est qu'il paraisse les avoir. J'ose même dire que s'il les avait effectivement, et s'il les montrait toujours dans sa conduite, elles pourraient lui nuire, au lieu qu'il lui est toujours utile d'en avoir l'apparence. Il lui est toujours bon, par exemple, de paraître clément, fidèle, humain, religieux, sincère ; il l'est même d'être tout cela en réalité : mais il faut en même temps qu'il soit assez maître de lui. La maîtrise de soi est une des caractéristiques de cette force de caractère du prince que Machiavel appelle «virtu». pour pouvoir et savoir au besoin. Le Prince doit adapter son comportement aux circonstances. Le prince doit reconnaître les exigences de la fortune et s'y adapter pour mieux la dompter. Si le prince doit se maîtriser, c'est finalement pour mieux maîtriser la fortune.
On doit bien comprendre qu'il n'est pas possible à un prince, et
surtout à un prince nouveau. Pourquoi ? Parce que le prince nouveau, par définition, ne peut compter que sur sa «virtu» et la bonne fortune pour se maintenir. Sa position est plus vulnérable que celle d'un prince héréditaire., d'observer dans sa conduite tout ce qui fait que les hommes sont réputés gens de bien. Un homme de bien et un bon prince ne gagnent pas leur réputation de la même manière. En effet, un homme de bien doit bien conduire sa vie, mais un bon prince doit bien gouverner son état. Les obligations et les responsabilités ne sont pas les mêmes. C'est pourquoi un prince peut déroger à ses obligations en tant qu'homme sans déroger à ses obligations en tant que prince., et qu'il est souvent obligé, pour maintenir l'Etat, d'agir contre l'humanité, contre la charité, contre la religion même. Il faut donc qu'il ait l'esprit assez flexible pour se tourner à toutes choses, selon que le vent et les accidents de la fortune le commandent : il faut, comme je l'ai dit, que tant qu'il le peut il ne s'écarte pas de la voie du bien, mais qu'au besoin il sache entrer dans celle du mal.
Il doit aussi prendre grand soin de ne pas laisser échapper une seule parole qui ne respire les cinq qualités que je viens de nommer; en sorte qu'à le voir et à l'entendre on le croie tout plein de douceur, de sincérité, d'humanité, d'honneur, et principalement de religion, qui est encore ce dont il importe le plus d'avoir l'apparence:
car les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mainsMachiavel oppose ici la connaissance à l'opinion. En politique, on acquiert la connaissance en participant à l'action et non en regardant.
Pour gouverner, le prince doit pouvoir s'appuyer sur l'opinion publique. Or le peuple assiste à l'action politique en spectateur. Il n'a pas l'occasion de participer directement à l'action. Il ne peut donc que se fier aux apparences. La véritable connaissance de la chose politique lui manque. Il n'a pas accès à «la vérité de la chose».
, tous étant à portée de voir, et peu de toucher. Tout le monde voit ce que vous paraissez ; peu connaissent à fond ce que vous êtes Etre ou paraître ? Le politicien doit répondre aux attentes de son public. La scène politique porte bien son nom. Le prince est un acteur dont on ne sait rien au-delà des rôles qu'il joue. Il faut qu'il gagne son public sur la base de sa performance et non sur celle de sa nature privée, son être véritable, et ce petit nombre n'osera point s'élever contre l'opinion de la majorité, soutenue encore par la majesté du pouvoir souverain.
Au surplus, dans les actions des hommes, et surtout des princes, qui ne peuvent être scrutées devant un tribunal, ce que l'on considère, c'est le résultat. Que le prince songe donc uniquement à conserver sa vie et son État :
s'il y réussit, tous les moyens qu'il aura pris seront jugés honorables Autrement dit, la fin justifie les moyens. et loués par tout le monde. Le vulgaire est toujours séduit par l'apparence et par l'événement : et le vulgaire ne fait-il pas le monde ? Le petit nombre n'est écouté que lorsque le plus grand ne sait quel parti prendre ni sur quoi asseoir son jugement. » (chapitre 18). Le réalisme politique de Machiavel ne fait certes pas l'apologie de la moralité mais n'est pas non plus soucieux de morale. La fin du politique peut avoir recours à des moyens immoraux.

2-      Quelles règles devraient se donner un homme d'Etat qui se voudrait à la fois réaliste et respectueux de la morale ?

a)      « Qui veut la fin, veut les moyens » et « la fin justifie les moyens » En effet, selon cette dernière formule, les moyens les plus cruels cesse d'être moralement répréhensible quand ils cessent d'être au service d'une juste cause. En effet, il n'existe plus alors de limite à la compromission avec le mal et c'est un raisonnement qui permet à des gouvernements de justifier l'emploi de la torture ou a des mouvements terroristes des attentats contre les civils.

b)      Ceux qui raisonnent ainsi ne se contente pas de faire le mal à contrecœur : pour eux, si la fin est bonne, les moyens de deviennent aussi et tout peut être fait en bonne conscience. C'est en suivant cette logique que les pires crimes ont été commis dans l'Histoire au nom des idéaux les plus purs. On s'est aperçu que la cruauté des moyens employés préfigure le but. Si bien que l'on juge une fin sur les moyens. En effet, si un mouvement politique révolutionnaire voire terroriste s'autorise aujourd'hui à commettre des assassinats dans le but de faire un monde plus juste, on peut conclure qu'une fois au pouvoir l'assassinat des opposants deviendra un moyen normal de gouverner. Dès lors, puisque l'Histoire montre que la politique est menacée d'immoralité, il y a-t-il un moyen de parer à cette éventualité ?

C.     Peut-on donner le pouvoir à la morale ?

Sachant que la politique, c'est l'art de gouverner les hommes et que le gouvernement est aussi constituer d'homme, la priorité de la politique devrait-elle être de s'assurer de la moralité des dirigeants ?

1-      Platon, dans la République propose une telle solution en confiant la direction de la cité à des philosophes qui auront été formés à ne pas aimer le pouvoir (livre 7). Serait-ce la solution ? Il y a une objection à faire : à supposer qu'on trouve des dirigeants vertueux qu'on convainc de gouverner, resteront-ils des sages ? Car souvent le pouvoir corrompt ceux qui l'exercent. C'est pourquoi la philosophie politique peut alors privilégier une autre voie.

2-      Il vaut mieux supposer les gouvernants immoraux et mettre en place des gardes feux qui les empêcheront d'abuser de leurs pouvoirs. C'est le principe de la séparation des pouvoirs et du contrôle démocratique. Ex de Robespierre : un homme de morale sous lequel il y a eu la terreur.

D. La politique doit-elle chercher à éradiquer le mal ?

Au lieu de penser que le mal est en particulier envers son prochain est une tentation inscrite en tout homme (cf. Hobbes) de nombreux philosophes dont Rousseau et Marx ont estimé que ce mal provenait entièrement d'une mauvaise organisation de la société.

1-      Ces penseurs ont donc proposé de transformer la société pour changer l'homme en passant si nécessaire par la révolution. En effet, puisque l'homme est modelé par le système, il suffira de transformer cette organisation sociale pour produite un monde sans conflits. Tel fut le but des utopistes et des révolutionnaires qui voulurent un monde et un homme nouveau.

2-      Contre une telle tentation, Pascal nous avait averti dès le 17ème siècle dans ses Pensées en estimant que l'angélisme conduit inéluctablement à la telle : « l'homme n'est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange, fait la bête » Freud est dans la même voie mais réfléchit à travers la révolution. Malaise dans la civilisation « la tentative d'instauration d'une civilisation nouvelle trouve son point d'appuie psychologique sur la persécution de la bourgeoisie. Seulement on se demande avec anxiété se qu'entreprendront les soviets une fois touts leurs bourgeois exterminés ».

Conclusion

Le droit et la justice, et plus précisément la politique la morale et la justice ne doivent pas être confondues ou séparées car cela mène aux pires dérives. Il faut nous souvenir qu'il est dangereux de donner à l'une de ces dimensions de l'agir humain une position supérieur à celle des deux autres. Mettre au pouvoir la morale a conduit à instaurer un autre ordre moral totalement intolérant et contraire aux aspirations individuelles tel qu'elles peuvent s'exprimer dans un espace libre et publique. Quand les défenseurs d'une politique se sont autorisés à ignorer le droit et la morale sous prétexte que seul comptais la justesse de leur cause ils ont fait régner une violence sans borne propre aux gouvernements despotiques et une violence inédite à une échelle immense dans le cadre du totalitarisme. Or aujourd'hui c'est le droit qui apparait comme recours à tous les conflits, tendance lourde dans les sociétés développées et beaucoup d'analystes y voient le danger d'une judiciarisassions de notre société.

Ouverture : mais le droit lui-même résulte lui-même de choix moraux et politique car c'est le pouvoir mis en place par un peuple souverain dans un Etat constitutionnel a travers ses représentant qui établit les règles du droit ; et il le fait en fonction des valeurs morale mais aussi en fonction des problèmes politique qu'elle doit affronter. Il semblerai donc que les hommes ont effectivement besoin de la morale, du droit et de la politique, au droit et de la justice, avec leurs différences, leurs tensions, et leur interactions pour guider leurs actions aux sein des sociétés. Et une société sans droit ni justice n'est pas souhaité pour l'humanité car elle serait conduite à son auto destruction.

 

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