La poésie lyrique : le grand chant courtois des troubadour aux nouvelles règles de poésie.

La poésie lyrique : le grand chant courtois des troubadours.

La poésie lyrique apparait en même temps que la chanson de geste.
Mythe : avant la langue romane, des petits poèmes, des petites pièces circulaient dans la population, souvent chantés par des femmes. Ils circulent à côté des poèmes épiques et parlent d'amour.
La littérature française fait une exception sur ce point : notre poésie n'est pas issue d'un milieu populaire. Elle fait irruption dans le midi de la France au début du 12ème siècle et Guillaume IX, comte de Poitier et duc d'Aquitaine, le premier poète, va faire un tas d'émule. Ces successeurs vont reprendre la thématique, le raffinement et la complexité. C'est une poésie élitiste, il faut du raffinement et de la culture pour pouvoir la comprendre et l'apprécier.
Les troubadours du sud de la France vont propager ce lyrisme courtois en langue d'oc jusqu'au nord en langue d'oïl.
Le terme ‘troubadour' vient de l'ancien français trobar, du latin tropare qui signifie ‘composer des tropes'. Les tropes sont de petites pièces chantées lors des liturgies, accompagnées de musique. C'est devenu par extension tout poème chanté.
Tropare signifie aussi trouver, c'est-à-dire créer. Le terme désigne donc vite l'activité de création poétique.
C'est l'apparition de l'originalité puisque le troubadour fera œuvre de créativité littéraire et musicale.

I. La poésie des troubadours.

A. Origine formelle :
On situe l'origine formelle en Aquitaine, où les tropes étaient très développés. Ou bien on leur donne une origine arabo-andalouse. En effet, l'Espagne a fait beaucoup d'échanges avec les poètes arabes qui eux-mêmes composent une poésie qui chante l'amour avec une répartition strophique qui rappelle celle de la poésie lyrique.
C'est une poésie de cour puisque c'est là qu'elle se développe. De plus, les mœurs sont plus souples dans le sud, ce qui pourrait expliquer cette thématique de l'amour moins sérieuse que le thème épique.
La poésie donne une éthique mondaine et amoureuse qui sera à l'origine de la fin'amor.
B. Le chant du cœur.
La fin'amor à de particulier que c'est un amour porté au plus haut degré de perfection. C'est un alliage particulier qui tient de la courtoisie et de l'art d'aimer. Idéalement, l'homme courtois est avant tout désintéressé, il a du savoir vivre, connait l'art de la chasse et de la conversation, il est élégant et surtout il est aimant, puisque l'amour bonifie chacune de ces qualités et s'il ne les a pas, l'amour lui donne.
Témoignage d'un art d'aimer par André le Chapelain dans Le tractatus de amore où il donne la codification de l'amour courtois. L'originalité de ce traité est qu'il transpose la relation seigneur-vassal vers la dame-chevalier. Il est son vassal et la femme est posé comme de rang supérieur. La fin'amor devient un discours amoureux ritualisé, esthétisé.
C. Une poésie formelle.
C'est aussi une poésie formelle, qui se fixe assez tôt. Il faut quarante à soixante vers, cinq à sept coblas (c'est le terme pour strophe), de six à dix vers. La composition formelle est liée à sa thématique. Le poème s'ouvre sur le printemps ou l'été qui chante le renouvellement de la nature, le désir amoureux et l'inspiration poétique. Il présente aussi la dame aimée.
Parfois, on a des références à des détracteurs : ce sont des rivaux amoureux ou ceux qui dénigre le poète à propos de sa poésie.
La fin du poème est la tornada qui découle soir le nom du poète amoureux soit le nom de la dame aimée.
Le poète fait preuve d'humilité, il souffre car il aime une femme inaccessible, il patiente, il espère obtenir la récompense suprême : la merce, c'est-à-dire les faveurs de la dame.
Mais ce n'est pas un amour platonique pour autant. Il parle aussi de l'amour charnel.
La poésie est aussi une quête de la perfection. Métaphore de la création poétique.
A la joie de finir d'écrire un poème correspond la plénitude amoureuse.
Tout ceci en fait une poésie un peu monotone.
Le trobar est un lieu de recherche incessante sur les mots et la musique pour pallier à cette monotonie.
Emergence de la notion de création littéraire avec le ‘je' omniprésent du poète-créateur-amoureux, ancêtre du narrateur.

II. Innovation des trouvères.

A. Les échos de la canso :

C'est un autre terme pour le grand chant courtois. C'est un autre mouvement avec d'autres formes de trobar qui entraine l'apparition de sous genres de cansos :
- Les sirventès : même structure que le grand chant courtois, mais qui aborde des sujets plus concrets : politique, morale, etc. C'est donc plus sérieux.
- Le planh : c'est une plainte funèbre à l'occasion de la mort d'un personnage illustre.
- La serena : petit poème sur l'impatience du poète, c'est l'amant qui attend le soir.
- L'aube : les adieux déchirants au matin, quand l'amour doit partir.
- La chanson de croisade : reprend les sujets épiques des chansons de gestes + l'aspect grave de l'éloignement de la dame aimée. Quête urgente de l'amour.
- La poésie mariale : chante la vierge Marie. C'est un genre qui a beaucoup de succès, notamment au 18ème siècle avec Gauthier de Coincy qui allie ferveur religieuse et habileté dans l'écriture.
- Les fratrasies ou sottes chansons, qui sont des parodie du grand amour courtois : côté burlesque de la femme aimée ou obscénité.
B. Les voix croisées :
Avec l'évolution de la canso, peu de trouvères vont avoir cet esprit innovant des troubadours car les sujets sont plus concerts. Le trouvère va peaufiner son écriture, mais semble plus réservé que les troubadours, car l'habileté de leur écriture ne peut balancer face à l'équilibre joie/ douleur.... Les poèmes sont plus conventionnels et moins personnel.
Il reste quand même une voix particulière : les voix féminines. Composé par des hommes mais portés par des voix de femmes.
- trobairitz : mais ce ne sont pas des écrivains femmes.
La dimension narrative est absente dans le grand chant courtois.
- Chanson de toiles : ce sont des pièces brodées et racontent comment elles passent le temps en attendant le retour de l'amant : souvent, représente une femme près de la fenêtre ou dans un champ, est écrit en décasyllabe avec des rimes assonancées.
- Chanson de mal mariée : c'est la dame qui se désespère d'être mal mariée (à un homme jaloux ou une brute) et qui espère avoir un tendre ami.
- La pastourelle : la dame aimée est toujours une bergère, et raconte comment l'homme séduit la jeune femme.
Ces formes de lyrismes non courtois expriment une forme de nostalgie à un amour masculin libéré des contraintes, forme de revanche avec une légèreté qui détonne du grand amour courtois.
C. De l'expression d'un idéal au récit anecdotique.
Zumthor affirmait que le chant courtois parle, c'est-à-dire que ce qui le distingue, c'est l'absence symptomatique de tout élément de récit (pas de marque temporelle ni de description). Le récit est situé hors des contingences (l'influence des éléments extérieurs).
On a d'abord : une vague saison, un pré ou un champ, et la perfection de la dame.
Puis on a : le soir ou le crépuscule, une chambre ou un verger, et une description plus personnelle.
Cette amplification progressive des repères permet de montrer un amour plus anecdotique et moins idéal (plus particulier et moins symbolique).
On ne représente plus l'amour dans une vision idéologique mais devient un prétexte à raconter une histoire.
Tout cela annonce le début du roman courtois.


La fin de Moyen-âge, les nouvelles règles de poésie.

Peu à peu, on entre dans une époque troublée, de déclin : il y a des révoltes un peu partout, des problèmes politiques... les valeurs féodales deviennent caduques, il y a une centralisation du pouvoir. Malaise chevaleresque à cause de l'évolution militaire. Cela a des répercussions sur le milieu culturel. Problème d fanatisme, théâtralisation sanglante, débordements, arrivé du prophétisme apocalyptique, sentiment religieux exacerbé... D'où un rapprochement avec une décadence littéraire, mais pas partout.

I. La naissance d'un genre et l'avènement de l'auteur.

A. Apparition des formes fixes.
Rupture entre la poésie et la musique. Absence musicale remplacé par la musicalité du poème, rendu par la forme fixe, avec une sorte d'armature qui leur donne de la consistance.
L'avènement du ‘je' poétique qui intervient grâce à Guillaume de Machaut. Sous son influence, développement de certaines théories sur la forme poétique, notamment dans le Voir-dit. Art de dicter et de faire des chansons par Deschamps qui prône la séparation de la poésie et de la musique. Il théorise donc lui aussi les règles de la poésie car il rend compte des règles des formes fixes et reprend le thème de Machaut de l'inspiration, et donc de l'aspect créateur.
B. Le savant ballet des formes fixes.
Quand la poésie prend clairement une forme et se détache de la musique, chaque forme lui confère un statut encore plus important, donne une légitimité à la poésie.
Le rondeau prend toute sa force dans le système qu'il représente : c'est un cercle. Cela lui donne un statut de perfection, de totalité. Du fait qu'il est plein, c'est une forme de plénitude, d'harmonie. Chaque poète use à sa manière. Machaut privilégie le refrain alors que Charles d'Orléans le fait plus discret. On a donc des variations d'artistes grâce à la forme fixe et la poésie va perdure dans le temps.
- Le rondeau : le refrain sera raccourci car ne repose plus que sur un hémistiche ou même un mot.
- La ballade : réduit la place du refrain car c'est une forme plutôt longue. Le refrain est après une strophe donc sorte de citation qui colle au texte, et l'aspect narratif y est plus important. Ampleur aussi du décasyllabe (mètre assez simple) qui donne une régularité qui fait de la ballade un support narratif.

II. Machaut et ses héritiers.

A. Influence de Machaut (1300-1377).
Sa figure domine la poésie du 14ème siècle. Carrière significative de l'importance du mécénat et du statut d'auteur dans la culture de cette époque. Les poètes peuvent créer que grâce à la protection de tel ou tel grand.
Va et vient incessant entre le créateur original qui donne gout à la littérature et les gens de cour réceptifs qui en demande de plus en plus = système vertueux.
Ex : service du roi de Luxembourg, puis sa fille, puis roi de Navarre, puis duc de Bercy et son frère le duc de Normandie futur roi de France.
Sa poésie donne une théâtralisation du ‘moi', notamment dans son Dit, qui plait beaucoup car c'est une nouveauté à une époque où le moi n'est pas mis en avant, dans une société qui fonctionne en groupe, même en littérature. Réflexion sur l'homme d'écriture.
Manière aussi de donner un accent propre à son temps dans ses création car il s'intéresse aux plaies de son époque. Sorte de premier écrivain engagé (sur le massacre des Juifs, sur la peste, etc.) C'est une poésie ancrée dans la réalité de cette époque.
Il observe aussi le passage du temps et la notion de vieillissement. Il a conscience de son âge dans le Voir-dit et veux promouvoir sa poésie. Ces façons perdureront chez ses successeurs (surtout l'écoulement du temps) et s'intéresse à la réalité des petites choses de la vie. Centre sur du quotidien. Mais c'est Machaut qui a donné la clé.
Froissart et Deschamps sont des poètes qui vont avouer leur dette envers Machaut dans leurs créations.
Mise en place des notions de création, reprise, imitation : notion de littérature, conscience de faire du neuf avec du vieux, tout en étant original. Mise en place de la scène littéraire.
Vont faire une poésie différente du quotidien, avec des figures allégoriques (cf. le roman de la rose et Tristan).
Christine de Pizan fait une poésie particulière : elle défend la condition de la femme car elle a conscience du statut privilégié de la femme poétesse. Elle récupère l'allégorie et écrit le livre de mutation de fortune où elle raconte son veuvage e sa métamorphose.
La tradition courtoise perdure jusqu'au 15ème siècle, notamment chez Alain Charretier, qui récupère le lyrisme courtois qu'il dénonce car a perdue sa profondeur à la cour dans Belle dame sans merci.
B. Charles d'Orléans ou l'allégorie minimale.
Son père est assassiné, il perd la femme qu'il aime... il va donc jouer de ses expériences et tourments pour produire une poésie à l'image de cette vie : une poésie publique et secrète. Influence de l'esprit courtois + aspect autobiographique + style allégorique. Agacé par la prétention montante des écrivains de l'époque, il va contrecarrer le phénomène en faisant une poésie du presque rien.
Thématique du temps, de l'angoisse... + procédé allégorique : poésie rendue secrète et mystérieuse.
Déviance de l'allégorie classique. Cf. La forêt de longue attente. On est dans l'abstrait or le substantif est un lieu concret ; choc qui fait hésiter sur la dimension allégorique du poème. On ne voit presque plus le symbole.

 

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