Histoire de l'orthographe fr. - Mme Parussa - 3ème année de licence

Histoire de l'orthographe française.

F5072 Mme Parussa.

 

03/10/08

Programme du cours :


  • Réflexion sur le sens du mot orthographe.
  • Définition du corpus et de la méthode.
  • Système d'écriture/ l'écriture idéographique.
  • Les textes médiévaux.
  • L'apparition de l'imprimerie (fin 15ème siècle) + l'uniformisation du français.
  • Débats sur l'orthographe au fil des siècles.
  • Rôle des dictionnaires et des institutions.
  • La part de l'individu, la liberté et l'identité par l'écriture.


 

Orthographe = ortho (= comme il faut, selon la norme) + graphe (= l'écriture).

On trouve ce terme dans les dictionnaires de Moyen Français (comme celui de Godefroy) mais assez rarement.

Il signifie alors : manière de faire un dessin d'un objet en projetant des points sur un plan + manière d'écrire correctement.

Dans les dictionnaires du 16ème siècle (comme celui d'Huguet), le terme est au masculin. Il signifie alors : manière d'écrire correctement le français + la personne qui écrit correctement + calligraphie, c.à.d. la manière de former de belles lettres. C'est à cette période que commencent les débats, et son sens alterne avec celui d' « écriture », qui signifie usage correct de l'écrit.

Le terme savant d'orthographe apparait seulement en 1550 dans un texte de Du Peletier du Mans dans Le Dialogue de l'Ortografe e Prononciacion Françoese. Il prône une simplification de la langue.

 

[Petit topos sur les sigles utilisés :

AF = Ancien Français : du 9ème siècle jusqu'au environ de 1350.

MF = Moyen Français : de 1350 à 1500.

Fr. précl. = Français Préclassique : de 1500 à 1600.

FCl = Français Classique : de 1600 à 1700.

Français moderne : de 1700 à aujourd'hui. On peut bien sûr aller jusqu'à distinguer le français contemporain.]

 

A l'époque du Moyen Français, on peut difficilement parler d'orthographe car il y a une plus grande liberté.

Le titre le plus approprié pour le cours serait donc : histoire des systèmes graphiques.

On étudiera aussi l'importance de la ponctuation.

 

Bernard Cerquiglini dit que l'écriture n'est pas une mise à l'écrit de son. L'orthographe touche aux débats d'idées.

L'orthographe parle des hommes, pose des questions importantes du point de vue idéologique.

Nina Catach dit que l'orthographe s'occupe : du choix qui dit comment on écrit, de la pédagogie, de l'histoire des institutions...

L'orthographe devrait avoir la même importance que l'étude de la prononciation, car il s'agit de la même langue par deux moyens différents.

Les graphies sont les seules traces pour comprendre comment les hommes du Moyen-âge et des temps passés parlaient. Ils donnent accès à quelque chose d'irrémédiablement perdue.

Pourtant, l'orthographe a longtemps été le parent pauvre. On s'intéresse plus à l'évolution de la phonétique, des sons.

L'orthographe est toujours traitée comme une périphérie, une histoire externe.

Les grammairiens sont les seuls à attirer l'attention dessus, car cela permet de savoir comment transcrire les sons.

 

L'écriture et les systèmes d'écriture.

Il existe des peuples sans écriture.  Où est née l'écriture ? Quand ? Pourquoi ?

Tous les hommes communiquent par le langage. Mais l'acquisition et l'invention de l'écriture ne sont pas innées. Mais on ne sait pas exactement d'où cela vient.

Le recours au graphisme vient probablement de la volonté de communiquer une idée et d'en garder la trace + le besoin de visualiser une idée par un dessin ou un symbole. Cf. des dessins dans les grottes datant de la préhistoire.

L'écriture, dit-on, apparait vers 3200 av JC en Mésopotamie. Les premières traces de signent étaient utilisé à des fins commerciales : on avait surtout des encoches et des pictogrammes.

Ce système devient vite une écriture mais il pose un problème : il faut énormément de signes (≈ 1500) pour communiquer. à L'écriture devient réservée à une caste.

La difficulté majeure est qu'il est difficile d'être précis car un signe peut avoir plusieurs sens. Un texte peut donc avoir de nombreuses interprétations.

Pour insérer des idées nouvelles, ils vont utiliser l'association de deux signes. Ex : bouche + pain = manger.

Les avantages : on a une langue que tous connaissent dès qu'on connait le code.

C'est le sumérien qui le premier connait l'ébauche d'une écriture phonique, où un son = un symbole.

Ex : « du » à 11 sens + 11 symboles tout comme en français (attention on ne tient compte du mot que comme un graphème pour l'exemple mais le français n'est pas un idéogramme) on a vert ; vair ; verre ; vers ; verre. à il y a une légère forme de similitude.

Pourquoi le sumérien a-t-il inventé des phonèmes ? Notamment pour marquer le pluriel : c'est déjà une marque morphologique.

On retrouve à peu près la même chose chez les Egyptiens, une centaine d'années plus tard. Ils ont une écriture idéographique où un dessin peu avoir plusieurs sens + un signe phonétique (qui donne un indice sur la prononciation par besoin de clarté). Un système idéographique pur n'existe pas.

L'écriture chinoise est apparus quand le peuple Hua devint sédentaire. On trouve des prototypes d'écriture sur les poteries. Mais ce n'est pas la langue courante qui est transcrite mais une langue de divination.

Il y a beaucoup de syllabes. Dans le chinois moderne on a ≈ 1250 syllabes pour 3000 à 9000 caractères. Ce n'est pas une écriture purement idéographique, il y a des éléments phoniques.

à Mais toutes ses écritures sont non-alphabétiques.

 

L'alphabet apparait au Moyen Orient, chez les phéniciens. C'est un alphabet purement consonantique. Cette écriture est vite adoptée par les hébreux, les araméens puis les arabes.

L'écriture phonétique est plus accessible aux commerçants.

A partir du 8ème siècle, les grecs inventent un système véritablement phonétique : on reproduit par écrit tous les sons qu'on prononce + un signe pour chaque ton.

Le tracé de l'écriture change d sens à chaque ligne : on parle de boustrophédon (= le bœuf qui tourne)

   Cela peut s'expliquer par le fait que les peuples sédentarisé ont plus d'échanges, plus d'agricultures et donc plus d'écriture. Le nom n'est pas banal.

Cf. la devinette de Vérone : « Se pareba boves Alba pratalia araba (et)Albo versorio teneba (et)Negro semen seminaba » = Il poussait devant lui ses bœufs, il labourait le champ blanc, Il tenait une charrue blanche

Il semait une semence noire. On peut comprendre cette phrase comme : il poussait devant lui ses doigts sur les pages blanches avec une plume et de l'encre. à C'est la description de l'écriture.

 

Quand on parle, les mots viennent les uns à la suite des autres dans me temps. A l'écrit ils se suivent dans l'espace. Ce n'est donc pas un hasard si l'écriture apparait quand l'homme se sédentarise, quand il se pose dans l'espace lui-même.

Dans la devinette, on voit qu'il n'est pas essentiel de marquer le mot (Il n'y a aucun espace entre les mots. Pour plus de renseignements à ce sujet, je vous conseille de lire le 1er cours de Mme Girond, 3ème année, TD sur l'Antiquité fantasmée.), seulement un flux graphique.

Avec l'alphabet grec, c'est une révolution car on représente chaque son de la langue. L'analyse phonétique décompose le mot par syllabe ou par phonétique propre.

Problème : en français, on écrit aussi des choses qu'on ne dit pas, et c'est ce qui le rend si difficile.  Ce système n'est donc pas parfait mais il fonctionne bien.*on perd la possibilité de laisser une place à l'interprétation personnel (contrairement aux autres alphabets ou aux pictogrammes).

L'alphabet grec (8ème siècle av JC) donnera naissance à l'alphabet latin. Ils commencent à noter leur langue à partir du 7ème siècle, et ils ont environ vingt lettres. C'est un acte réfléchit que d'avoir un nouveau système, et cela nous mène à penser que tout choix de graphie est un acte politique ou social d'une société qui l'accepte. C'est une forme de loi qui génère la loi : dorénavant, on écrit ainsi. Et c'est de là que vient la difficulté à apporter un changement.

 

Comment a-t-on essayé de représenter la chaine phonique, c.à.d. les mots ?

Les phéniciens séparent les mots par une petite barre.

L'alphabet grec, lui, est assez clair, les mots sont donc collés les uns aux autres. Mais rapidement on voit apparaitre des accents et un genre de ponctuation de type rhétorique (pause, changement de locuteur, etc.). On parle de scriptura continua.

Le latin sépare les mots par des points mais utilise aussi la scriptura continua.

Puis des points séparent des groupes de mots, marquent des sortes de pause dans la diction : c'est une ponctuation oratoire.

Aujourd'hui, nous utilisons une ponctuation syntaxique.

Au Moyen-âge, on avait différents signes (je ne peux les transcrire par ordinateur, mais en gros on a un genre de y allongé, un gros point, un petit point, un point d'interrogation mais sans le point dessous...). Cette ponctuation est à rapprocher de la façon de dire le texte à haute voix dans les palais, la Bible, les contes, les lois...car longtemps on a eu du mal à séparer le code graphique du code phonétique. Les textes étaient beaucoup plus appris par cœur.

Il y a lien fort entre l'écrit et l'oral : l'écrit sert juste à rappeler, à réactualiser quelque chose.

 

Cf. document sur les serments de Strasbourg (en annexe dans la partie « Photos » en haut du blog).

C'est une transcription littéraire du serment entre les deux petits-fils de Charlemagne : Charles le Chauve et Louis le Germanique, contre Lothaire. Elle a été faite par Avithard dans une chronique du 11ème siècle. Ce n'est plus du latin classique mais ce n'est pas encore du français moderne. On voit peu de ponctuation et on note des abréviations comme dõ = déo      xpʒ = chrétien       nRo = nostro        sisalvaraieo est écrit en un seul segment.

On utilise les abréviations par gain de temps et d'argent.

Problème : il doit mettre par écrit une langue qui n'a jamais été transcrite car c'est une langue parlée. L'alphabet latin ne permet pas de transcrire tous les sons de la langue française, comme [che] ou [j] ou [v]. Il faut donc inventer une manière de les représenter et faire des choix. On procède par approximation avec la langue latine et on invente des lettres comme le [K]. Mais un graphème peut avoir plusieurs sons (comme le [c]), ainsi dès le début, c'est une langue difficile qui émerge car on hésite entre l'étymologie et un nouveau graphème.

 

10/10/08

Rappel du cours précédent : comment transcrire le français avec l'alphabet latin et à partir de quand peut on parler d'orthographe comme norme ?

On a vu qu'il y avait différents genre d'écritures : pictogramme, idéogramme, alphabétique.

L'écriture phonographique transcrit chaque son de la langue. Une écriture idéographique utilise un très grand nombre de symbole alors qu'une écriture phonographique en utilise entre 20 et 30 seulement.

L'égyptien, lui, combine les deux.

Dans l'écriture phonographique, on a l'écriture phonétique et l'écriture consonantique.

Certaines langues n'ont pas de règles pour l'orthographe : le berbère, certaines langues africaines, l'auvergnat...

En général, on évolue d'une écriture idéographique à l'écriture phonographique, car celle-ci permet une plus grande précision. Mais d'une certaine manière, il y reste toujours une forme d'idéographie : verre, vert, vers. C'est sur ce principe que se fonde l'apprentissage dit globale de la lecture et de l'écriture chez l'enfant. Il y a toujours une double tendance dans une écriture, elle n'est jamais pure.

En français, la correspondance entre l'oral et l'écrit n'est pas toujours claire puisqu'on écrit des choses qu'on ne prononce pas.

Le -s de pluriel est une sorte de marque (puisqu'on ne le prononce pas) donc une sorte d'idéogramme qui renseigne sur le mot.

 

Cf. les serments de Strasbourg et le Cantilène de Sainte-Eulalie.

Les copistes sont les premiers à devoir écrire en français, et ils doivent utiliser le latin. Ils rencontrent plusieurs problèmes, notamment celui de la diphtongue (une voyelle qui s'allonge).

Béne > bien      pátrem > père      sapéré > saveir > savoir

Pater > padre (italien) > père (français)

Bona > buena (italien) > buene (espagnol) > bonne (français)

On a à peu près le même phénomène qu'entre l'anglais de New York et celui de Londres ou de Montréal.

àOn a un grand bouleversement par le passage du latin au français, comme par exemple la palatalisation (canem > chien).

De plus, on a des sons nouveaux. Le [ch], le [u] (murum > mur), le [k].

Dans le même texte, on peut trouver des graphies différentes : deux = deo = on prononce les deux de la même façon.

On a une graphie conservatrice du latin : fátrem > fraidre > fradre > frère.

 

Cf. le Cantilène : ce n'est plus du latin et certains mots sont (presque) en français.

Les voyelles finales sont effacées, sauf le -a qui devient -e. ex : tabula > table, mais on le prononçait encore.

D'où la grande difficulté du français e = é + è + e

Dans le texte, on trouve encore le -a mais on sait qu'il n'était déjà plus prononcé.

Pourquoi cette écriture n'est-elle pas plus précise ? Car elle naît d'une exigence particulière et non pas à cause d'une autorité extérieure. Il est important de savoir que le texte est un aide-mémoire pour oraliser le récit. Il s'adresse à un spécialiste qui connaît son métier.

 

Cf. le texte de Chrétien de Troyes, écrit dans autour de 1170.

Le texte a été copié plusieurs fois, à une époque où on écrit déjà des textes lyriques, des chansons de gestes, etc. On écrit en français depuis une centaine d'années déjà.

Cela commence dans le royaume anglo-normand. Ce texte est écrit pour la cours de Marie d'Aquitaine (fille d'Aliénor). Notre manuscrit a été copié au 13ème siècle, par le scribe Guiot.

On remarque :


  • Pas de ponctuation.
  • La première lettre de chaque vers est décalée (cela permet de marquer le début du vers).
  • Le -u et le -v sont notés de la même façon.
  • On a deux graphies pour le -s.
  • On ne note pas l'accent du participe passé.
  • Certains GN sont collés (lespee au lieu de l'épée).
  • On a des abréviations.
  • Il n'y a pas de guillemets pour le discours direct.
  • Le point d'interrogation n'a pas encore ça forme définitive.
  • Le -i se note -j (mais sans le point) quand il est en position finale d'un vers.
  • Le V n'apparait qu'à l'initiale d'un vers.
  • On trouve déjà des doubles consonnes.
  • On note l'apparition du -h (germanique).
  • Pour avoir le bon compte dans les syllabes, on peu rajouter ou supprimer des lettres (com = come)


è  C'est du français, compliqué à comprendre, le travail du transcripteur moderne est long et difficile.

 

Anecdote : le son [oi] qui vient du peuple est devenu chic à une certaine époque. On le trouve par exemple dans le mot « danois ». Pour cette raison, on le refuse aux anglais, par mépris (on ne dit donc pas anglois).

Pendant un temps, on trouvait le [r] trop paysan, on l'a donc remplacé par le son [z]. Mais on a rapidement abandonné l'idée, c'était trop compliqué à mettre en œuvre.

 

17/10/08

En éditant des textes du Moyen-âge, on a tendance, afin de facilité la lecture des lecteurs contemporains de faire quelques changements dans les graphies (tel que les -u qu'on remplace par des -v) et on rajoute une ponctuation, des segmentations et des accents. C'est ce qu'on appelle faire la toilette du texte.

Au 13ème siècle on parle d'un système graphique qui a des constantes avant de parler d'orthographe. Cependant on peut avoir des variables : homme = home = ome = om.

Cf. le texte de Chrétien de Troyes dont on a plusieurs manuscrits, dont six de complets ( H P G S A V)

Chaque manuscrit a un sigle (une lettre).

Cf. le travail de Kajsa Meyer. Elle a fait une comparaison entre tous les manuscrits.

En les observant, on peut remarquer des choses tel que :

A4 : riche. A9 : chevalier. A17 : rices. On a une graphie mobile pour le même phonème.

Chez P, le [s] est toujours transcrit -ch.

Le son [œ] n'existe pas en latin (son de peur, fleur, meuble). En S18, on lit donc pau pour peu et jou pour jeu.  Mais il écrit preux et prou. C'est un son difficile.

Le pronom on peut s'écrire indifféremment : an / on / en / om.

En FM les voyelles nasalisées posent un gros problème de transcription à l'écrit.

On remarque parfois des changements de vocabulaire même si cela ne concerne pas la graphie. Parfois, les copistes se permettent même de rajouter ou de supprimer des passages entiers.

Avant le 14ème siècle, on n'a aucun texte écrit de la main même d'un auteur.

 

Le son [j] de paille, conseil, ou travail : il est transcrit alternativement par -i, -il, -ill, -lh. On a donc différentes solutions.

Bretagne, ensagne ou Bretaigne, enseingne ?

[­ ɼ] = -gne. En français, le latin -gn se palatalise / se mouille. C'est un son typiquement roman. Comment peut-on le représenter ? on a : -gn, -ign, -ngn. Parfois il est associé avec le -a.

àC'est le problème des sons nouveaux qui n'existaient pas en latin. On n'a pas choisi de créer de nouveaux graphèmes.

Noms propres sont fixés plus rapidement. Dans un même manuscrit on peut avoir Louis / Loys / Lois.

Problème : pour un même texte on a différents copistes. On a des variantes, on n'a pas des graphies pour chaque phonème mais on des choix dans la transcription. Malgré les variances on a des règles.

 

Cf. le texte de Robin et Marion. C'est un texte théâtral de la fin du 13ème siècle apr Adam de Halle. C'ets une pastourelle en vers octosyllabique, avec des rimes plates, environ 800 vers, des chants, de la musique et des danses. Il nous en reste trois manuscrits.

Le premier, A, d'Aix-en-Provience, bibliothèque Méjanes, début 14ème siècle, copié à Paris.

Le second, P, à Paris, BNF, fin du 13ème donc plus proche de l'auteur.

[ᶴ] = -sk ou -sch ?  [o] ou [u] = o ?

[k] ou [ᶴ] = chaut ou caut ? Est-ce une variante diatopique ?

Adam venait d'Arras, en Picardie.

De plus on a des variantes dans la mise en scène, des variations morphologiques, diachroniques (30 ans d'écart entre les deux manuscrits). On a peu de marques des déclinaisons d'Aix.

 

En France, on a des grands groupes de langues : bourguignons, picard, anglo-normand, l'oc, ...

 

Cf. les miracles de Sainte-Genièvre. Début 15ème siècle, copié dans un manuscrit de la BNF 1131, deux fois par le même scribe, ce qui est un cas rarissime. En une semaine on observe des différences :

Plantée devient plenté, fils devient filz, coultivee devient coutivee.

On peut se demander ce qu'il y avait dans l'original.

 

Chaque atelier fonctionne comme une école avec des consignes.

Fausse légende à propos des lettres doubles.

 

23/10/08

Par convention, le Moyen-âge va jusqu'au 15ème siècle. C'est à cette époque qu'on voit apparaitre un code phonographique. Ses correspondances varient en fonction de l'individu, du lieu, de l'époque et de l'atelier. Il y avait plusieurs façons de parler le même dialecte : le roman ou le François. On ne les prononçait pas de la même façon. On peut donc supposer qu'il y avait plusieurs codes phonographiques.

A partir du 16ème siècle, c'est le début de la centralisation et de l'uniformisation du code. Avant, un système se met en place mais il y a un problème : l'inadéquation de l'alphabet latin pour rendre la langue française, ainsi que son influence en concurrence permanente avec le français. Ces graphies sont profondément marquées dans la mémoire des copistes.  

Cf. le philologue Gaston Paris qui a fait remarquer que les premières graphies du français on un parterre archaïque :

Fil(i)e < filia

Ang(e)le < angelus

Pourquoi écrit-on des choses qu'on ne prononce pas ?

On a dans la mémoire les graphies latines + la langue évolue lentement à l'écrit (vs à l'oral).

On dit [mesie] et on écrit « monsieur ».

Cf. Maupassant Pierre et Jean « V'la M'sieu qué qui fait. »

Ce décalage avec la chute du -e final deviendra une caractéristique du français. Il parait moins important aux 12- 13 ème siècles : c'est une sorte d'économie.

Cf. Charles Beaulieux : il dit que le 13ème siècle était le paradis des mots car on a un code phonographique presque parfait.

Or ce n'est pas totalement vrai : latin « mulgere » est prononcer [mowdre] et dans les textes on trouve « moldre », « moudre » et « mouldre ».

On a des digrammes et des trigrammes.

Amorem  > amur / amour

Plorat > ploure / plore / plure

On a des séries de tentatives pour rendre compte d'un même son.

Les digrammes sont très nombreux, notamment pour les voyelles nasalisées.

On a pendant un temps utilisé le graphème ô pour le son -on.

Cf. problème du son [u] (-ou) : le mot coue se lit-il [ku] ou [koy] ? On utilise donc parfois la lettre -h ou le tréma pour faire la différence : trahir / cohue / haïr.

Ce n'est alors plus un digramme. On peut dire que le français a un système cohérent.

Problème des sons -gn, -ille, -eau.

On créer des trigrammes :

Cerceau : le e n'est pas supprimable.

Bateau : le e est supprimable.

La graphie -e corresponds à trois sons différents : [e] blé / [ɛ] père / [ɘ] premier.

On commence, petit à petit, quand la lecture se généralise, à avoir besoin d'indications plus précises.

On met par exemple un -z : veritez / chantez ou on met une lettre double (apelle au lieu d'apele).

On écrit mesange / messe / mesure, soit trois sons différents et on a aucun moyen de le savoir.

àAu Moyen-âge on fait des essais, des tentatives, différentes solutions... il faudrait pouvoir étudier au cas par cas.

Pour Beaulieu me Moyen-âge est une époque bénie grâce aux graphies simples, lisibles et maximales. Pourtant on a des problèmes tels que « doit » qui désigne et le verbe devoir et le doigt de la main. Après les 14-15 ème siècles il ne parle plus de scribes mais de clercs, il déteste cette période. Il utilise un vocabulaire péjoratif , dit que l'orthographe se gâte et devient corrompu.

Cf. La grande histoire de la langue française de Brunot p°526 T1.

Comment expliquer cette vision si péjorative ?

Chez Chrétien de Troyes, tous les jambages sont séparés. L'écriture devient une forme de décoration.

 

 

Correction de l'exposé (par moi ^^)

Il faut faire des sous-parties dans l'analyse.

Faire une sorte de portrait du scribe (grâce aux tics d'écriture).

Il faut aller plus loin dans la comparaison moderne.

Ne pas dire moyenâgeux, souvent péjoratif.

 

31/10/08

J'étais absente, ce cours n'est pas moi.

 On note la tendance étymologisante du moyen français.

Ex : doulces, souldeine, parfaictement , adjectif...

On écrit plus de lettres que ce qu'on prononce.

Le code graphique et le code phonique vont dans deux directions différentes.

Cela aide à reconnaitre le mot tout de suite, à identifier facilement les homonymes.

Ce sont des consonnes étymologisantes. Mais ce n'est pas une raison suffisante.

Ex : scavoir >sapere le « c » est absent du latin vulgaire. Peut-être qu'il vient de « scio ».

Debvoir / adjectif > debere.

Ces consonnes montrent que le graphème qui suit « u » est une consonne.

« l » dit que ce qui précède est un digraphe.

« eu » = [e] et [u], ou [œ].

Les consonnes indiquent aussi comment lire un mot.

Dans les textes littéraires, on a parfois des jeux de mots.

Ex : gris et gril qui se prononce pareil, ou dos et dot.

 

Au 14/15ème siècle, on a une évolution de la prononciation du français.

Ie ≠e   [iɛ] ≠ [ɛ] chiere / conseillier.

àOn a des mutations graphiques car on a des mutations phonétiques.

On a aussi des prononciations suivant les régions.

On a des réductions des hiatus : feissent > fisst      deissent >disst

Mais l'orthographe résiste souvent aux changements phonétiques.

On a beaucoup de consonnes doubles, en référence au latin, mais aussi dans des endroits inattendus.

Ex : desconflit, succre, enffanter, parolles.

 

Beaulieux dit que le 13ème siècle est une époque merveilleuse où l'orthographe est presque phonétique. Ça de gâte avec les copistes qui ont été formés pour transcrire du latin.

Claire Blanche Benveniste montre que Beaulieux s'est trompé. (Suite d'exemple, notamment sur le choix des rimes graphiques / visuelles...).

 

Réflexion sur un système graphique du français.

Par quel chemin est-on arrivé à l'orthographe moderne qui obéit à une règle précise ?

Livre d'Yves Citton qui parle d'une « névrose correctionnelle de notre ère industrielle. » La norme de l'orthographe est récente (fin du 19ème siècle).

Au 16ème siècle, on a beaucoup de propositions pour la transcription du français. L'orthographe devient une convention.

Au 15ème siècle, il y a une concurrence nette entre le latin et le français. Ceux qui écrivaient le français étaient latinistes. Ils vont affirmer la valeur du français, qui est aussi en concurrence avec le patois.

Les écrivains utilisaient le français de la cour mais la population utilisait le patois.

Dans les imprimeries : unification et rapidité d'impression des livres avec les mêmes graphies : diffusion massive du livre.

Au 16ème siècle, seulement 20% de la population, donc peu sont concernés par la réforme possible de l'orthographe, alors qu'aujourd'hui elle concerne tout le monde.

Il faut souligner l'importance du rôle des imprimeurs et des typographes.

Geoffroy Tory (1490-1533) est le premier imprimeur royal sous François 1er. Il veut changer le système graphique.

1529 : il manque des accents en français.

 

14/11/08

Pour le Partiel :

  • Attention à la précision terminologique:

     Au lieu de parler d'orthographe, il vaut mieux parler de code graphique ou de système graphique.

                  Les phonèmes et les graphèmes ne désignent pas la même chose.

                  La morphologie et la graphie ne sont pas les mêmes choses.

La graphie désigne le symbole, le dessin, la ou les lettres qui transcrivent un son.

  • Quand on parle d'un manuscrit, il faut donner le nom complet, c'est à ça qu'on le reconnait: lieu, code, date... on parle de manuscrits ou de codex.
  • Les professionnels de l'écriture sont les copistes ou les scribes (et aucun autre terme).
  • Il faut organiser la matière, expliquer précisément, de façon logique et démonstrative.
  • Quand on cite un mot, il faut le mettre en italique ou entre guillemets, pour le distinguer de la prose.
  • Il faut faire très attention à la grammaire et à l'orthographe.
  • Pour les mots en phonétique, il faut les mettre entre crochets. [ ]
  • Pour une graphie, on peut au choix: -R- ou -R ou "R"

 

Texte de la BNF Fr. 1528 fol. 32r

Remarque :


  • On a des abréviations ou des barres de nasalités.
  • On a des majuscules en début de vers et sur les noms propres. Mais à l'intérieur d'un vers, les noms propres n'ont pas de majuscule.
  • On a des éléments de ponctuation: virgule (sous forme de barre), point, point d'interrogation. Mais c'est un système différent.
  • Variantes graphiques pour la lettre -s.
  • Le -i et le -j, le -u et le -v sont confondus.
  • Il reste des lettres inutiles.
  • Il n'y a pas d'accent ni d'apostrophe.
  • Ce copiste utilise beaucoup de -y et il est régulier dans l'utilisation du -en/em.


 

Art et science de la proportion des belles lettres.

C'est une réflexion que pose le problème des graphies. Les premiers à réfléchir à ce problème sont les typographes et les imprimeurs. Le public va être de plus en plus large et il faut l'aider dans sa lecture.

De plus, le français doit acquérir une dignité égale au latin, et donc avoir une graphie cohérente et régulière.

Cf. Geoffroy Tory, imprimeur royal sous François 1er. Cf. son texte sur l'art de faire de belles lettres.

  • Il note le besoin d'uniformisation de la langue.
  • Nécessité de faire des règles en français.
  • Le changement est une perversion, on a des idées précises en linguistique.
  • On a conscience du changement linguistique.
  • Il faut faire une purification de la langue, et pour cela il faut bien commencer quelque part.
  • C'est parce que le français n'a pas d'accent qu'il est mal organisé.

Il compare le français à l'hébreu, au grec et au latin.

On pense que d'autres y ont pensé avant lui. On a le texte Orthographia Gallica : écrit avant 1300 par un clerc (peut-être anglo-saxon) qui était trilingue. C'est un traité pour bien écrire en français, qui n'est pas sa langue maternelle.

Il tente de donner le bon usage de la langue. Le texte est écrit en latin.

 

Les règles évoquées :

  • Quand le -s est devant un -m, on ne le prononce pas: manda(s)me; fi(s)me...
  • On écrit un -s devant le -t final de la 3ème personne du singulier du subjonctif pour le différencier du passé simple: fist / fit; eust / eut...

Ce texte n'a pas eu une diffusion énorme mais il nous a donné beaucoup d'indices sur la graphie et la prononciation. Entre ces deux textes ils ne restent rien.

 

1529 : on a un traité anonyme : Le très utile et compendieux d'orthographie gallicane.

(Le tresutile & compendieulx traicte d'orthographie gallicane.)

On est dans la tradition séculaire.

Exposé critique sur l'article de Charles Beaulieux.

  • Charles Beaulieux cherche à observer les évolutions graphiques.
  • Charles Beaulieux dit qu'il n'arrive pas à une unité. Il est très critique.

1.       Ce qui est critiqué au 16ème siècle.

2.       Ce qu'il en retient.

3.       Ce qui caractérise l'orthographe de cette époque.

Il fait des références sous-entendues à Tory qui fait appel à la purification.

Charles Beaulieux dit que l'auteur anonyme s'intéresse plus la prononciation qu'aux règles et qu'il se perd. Il le considère comme utile car innovant mais dit que sa tentative est ratée.

Pour Charles Beaulieux, tout le monde écrit comme il veut au 16ème siècle à c'est une vision réductrice.

En effet, si l'on observe les cas d'homonymies, on voit que c'est faux.

Charles Beaulieux va montrer que le picard fait des différences par exemple pour transcrire le son [k] et va protester aussi contre les lettres superflues : il y a une réflexion contrairement au 14/15ème siècle.

Cf. exemple de la règle du pluriel lié à l'usage.

Charles Beaulieux critique puis fait remarquer qu'il y a des règles qui viennent du latin + qu'on suit l'usage. Le début du 16ème siècle réfléchit donc sur l'orthographe et tente d'établir des règles.

Il permet au moins de voir l'usage de l'époque.

Charles Beaulieux dit que l'auteur anonyme qu'il est un homme non prolétaire.

Il parle d'une orthographe arbitraire alors que c'est lui-même qui fait preuve d'un jugement arbitraire.

Il dit que cette écriture est totalement illisible, ce qui est faux.

L'orthographe se construit quand même dans une unité ; l'auteur donne des règles, et même les lettres qui semblent superflues ont une utilité.

Il faut relativiser les propos de Charles Beaulieux et voir dans ce traité un début d'uniformisation. De plus Charles Beaulieux se contredit un peu sur certains points.

 

Autre traité : Briefve doctrine pour deuement escripre selon la propriete de la langue francoyse

Ecrit en 1533 par plusieurs auteurs dont Marot et Tory. C'est un ouvrage de seulement quelques pages.

Il commence par expliquer l'usage d'un petit point en forme de croissant qui permet d'éviter la concurrence des voyelles : c'est la naissance de l'apostrophe. On parle alors de détraction ou d'abolition.

Pour le -e muet final, on le barre, surtout en poésie. Il est distingué du -e final tonique féminin (e) et masculin (é). C'est la naissance de l'accent aigu.

L'accent circonflexe est un signe de conjonction : paîra = pai-ra.

Les trémas sur les voyelles sont des signes de division : païs = pa-i-se.

Distinction aussi entre le a et le à. Le à est parfois noté ha.

 

21/11/08

Geoffroy Tory : on a vu l'invention de l'apostrophe, mais aussi que :

C + a, o, u = ç. (L'idée est espagnole).

Pour montrer qu'on a un pronom clitique, on met un accent avant :

Chanterái ie au lieu de chanterai-je.

Il dit que le français, s'il n'atteint pas encore le niveau du latin, a aussi des beautés.

Il a proposé des nouveautés, mais dans son texte il reste traditionnel, avec les graphies médiévales.

 

Edition de 1533 de L'adolescence clémentine de Marot.


  • On a l'apostrophe.
  • Il y a un accent tonique.
  • On a des barres de ponctuation et des virgules.
  • On note encore une différence entre le -s long et le -s court.
  • -u et -v sont encore parfois confondu = variante positionnelle.
  • L'esperluette est utilisé pour le et.
  • On ne met pas l' mais un -l barré.
  • On a toujours des consonnes superflues.

 


Cf. le texte de Marguerite de Navarre. Le Miroir de l'âme pécheresse.

Elle connait bien Tory et les problèmes de la réforme de l'orthographe.

On a une copie de 1531(Alençon, par Simon Du Bois, en caractère gothique) et l'autre de 1533 (Augereau, Paris).

Différences :

  • Les points d'interrogation; les virgules, le -et, le -e muet; certains ordres des mots.

Les points communs :

  • Les deux points; le point.

1533 utilise aussi des astérisques, des apostrophes, des accents sur le -a et un accent circonflexe pour indiquer des digraphes.

 

Jacques Dubois, utilise comme pseudonyme Sylvius. 1531.

C'est le premier à inventer un véritable système.

Isagoge in linguam gallicam : on parle de grammaire, elle est en latin pour expliquer le français.

Il propose un nouveau système de transcription du français pour mettre en accord l'écriture et la prononciation.

Il propose de rajouter, par exemple, un tiret pour distinguer la voyelle de la consonne : i-amais / u-oloir.

Il propose le -é pour l'accent tonique et il invente l'accent grave pour le -e muet ou central.

Il met la cédille du -c au dessus, ainsi que des lettres suscrites c ͪ eval ou lieu de cheval.

Il est très sensible au picard.

Son système est jugé trop complexe et trop picardisant.

 

1542 Louis Meigret. Le traité touchant au commun usage de l'escriture françoise.

C'est le premier personnage de la réforme : texte fondateur du débat. C'est le père du mouvement réformateur, soutenu par Ronsard.

Il veut que le système soit simple, clair et économique.

  • Il convoque la raison et l'ordre pour ne pas conserver notre manière d'écrire.
  • Elle ne correspond plus à notre façon de prononcer.
  • Il y a trop de lettres et il y a des confusions entre elles.
  • Il donne des exemples.

àProblème : il n'a pas trouvé d'éditeur qui voulait bien appliquer son système, donc il le fait avec les anciennes lettres.

 

28/11/08

Exposé sur Cerquiglini : La genèse de l'orthographe française. (XII° et XVII°) Paris-Champion 2004.

Il réfléchit sur l'idée d'une réforme dans un cadre idéologique.

Le XII° siècle comme un âge d'or phonocentriste est remis en cause : pour lui, Beaulieux calque une idéologie sur le siècle parce qu'il avait besoin d'un modèle de réalisation, de preuves matérielles, il colle à son idée de scientifique.

Problème : Beaulieux dit qu'il s'attache aux chansons de geste mais ne cite que des exemples de Chrétien de Troyes, romancier. Il y a donc un problème de méthode.

Cerquiglini revient sur l'âge gothique : les événements historiques comme la réorganisation de l'administration française àl'écriture échappe aux seuls savants.

Il se demande si la guerre contre les praticiens est justifiée : il montre que souvent l'histoire se fait par stéréotypes, souvent difficiles à briser (exemple du théâtre féminin au Moyen-âge, qu'on croyait à tort inexistant).

Il montre que cette guerre est injustifiée car l'écriture n'était pas si simple, et la complexité actuelle était déjà en germe + montre que Beaulieux trouve de fausses excuses (pour cela il prend l'exemple précis du -s de isle / island).

Cerquiglini trouve des raisons plus scientifiques, comme le retour à l'étymologie (feue = febue = fève).

Cerquiglini met en lumière le divorce entre l'écrit et l'oral. L'écrit va avoir ses lettres de noblesse + on met des lettres en plus pour la beauté visuelle du texte, le coté ornementé de la page : « les manuscrits deviennent une vitrine du français ».

 

Louis Meigret, 1542, était un partisan de l'écriture phonétique. Il répond aux critiques de Jacques Pelletier du Mans, à la suite de la parution de son traité. Les deux sont des réformateurs mais on des opinions divergentes. Guillaume des Autelz est un conservateur qui ne veut rien changer.

Le texte est une réponse à Guillaume des Autelz, sous le pseudonyme de Glaumalis de Vezlet. Il dit que les changements ne doivent pas être trop bouleversants pour les lecteurs. Il propose :


  • Les apostrophes.
  • La ponctuation.
  • La cédille sous le -c et sous le -e pour faire le son [ɛ].
  • Il note les voyelles nasales.


àMais ce n'est pas toujours satisfaisant.

 

Jacques Pelletier du Mans, en 1550, dans son Dialogue de l'ortografe e prononciacion françoese fait une mise en scène de quatre personnages : deux réformateurs contre deux conservateurs.

Il faut rapporter l'écriture à la prolation = à la prononciation.

Pelletier n'est pas farouchement opposé à Meigret mais ce dernier était un homme très susceptible, et il a enflammé la polémique.

Dans le texte 2, on a un autre système : le -e final est barré, on a le -à, le -é, le -oę, le -è.

Les deux propositions s'opposent sur plusieurs points :

  • Sur la manière de noter la nasalisation.
  • Chez Meigret, les mots en -ment sont écrit -met.
  • Meigret ne note pas le -e final alors que Pelletier le barre.
  • Il y a des difficultés sur les diphtongues et les triphtongues.

 

Cf. la prise de position de la Pléiade, et notamment de Ronsard qui soutient le principe de simplification.

Il fait appel à Meigret pour des conseils.

Cf. texte 3 : il tente d'enlever les consonnes qu'on ne prononce plus, les consonnes étymologiques et les consonnes finales : setembre au lieu de septembre, tans au lieu de temp, bateme au lieu de baptême, conter au lieu de compter, pie au lieu de pied, neu au lieu de neux...

Dans notre version, il n'a pas encore tout mis en place. De plus, il faut connaitre le contexte pour comprendre les mots. Or la vraie bonne écriture doit être lisible de façon automnome.

 

Exposé sur Pelletier du Mans :

Il reprend certaines idées et critique l'emploi abusif du -s. Il montre une dominance de l'oral sur l'écrit. Il veut répandre la beauté du français + corriger le nécessaire sans effrayer le lecteur.

Exposé sur les sons de la langue :

  • Le -e et ses différentes formes: é-è-ei-... Le problème du décompte des syllabes autorise différentes prononciations pour le même mot pendant un certain temps.
  • Les voyelles nasalisées [à] pour critiquer la présentation -en et propose de toujours écrite -an.
  • Propose la suppression du -n dans le pronom on.
  • Il propose le marquage des longueurs vocaliques par un accent ou une lettre supplémentaire.
  • Problème du -c et du -ch: les deux marques les deux même sons.
  • Les consonnes doubles sont inutiles.
  • Propose de ne garder que le -gn pour le «gne».

 

La pensée conservatrice de l'époque par De Bèze :

  • Le changement trouble.
  • Il y avait moins de gens concernés.
  • Les consonnes étymologiques sont utiles, surtout pour les étrangers qui apprennent la langue.
  • Elles permettent de garder des règles.
  • Elles sont importantes pour la dérivation.
  • Parle des problèmes du -s, du -u, du-v, du -z.

Il faut souligner qu'entre la théorie des auteurs et la pratique des imprimeurs, il y a toujours un écart important.

Il voulait rendre l'écriture française plus proche de la prononciation mais en laissant une stabilité au lecteur, en ne changeant que le plus important.

Mais sa graphie est plus lisible grâce à la suppression des lettres superflues. Pourtant on a encore le problème des mots collés (même si on en a l'habitude jusqu'au 17ème siècle).

Ses réformes seront plus largement suivies que celles de Meigret.

 

Pierre de la Ramée, aussi appelé Ramus, en 1562, écrit sa Gramere.

C'est lui qui a théorisé l'utilisation des lettres -j et -v, qu'on appelle d'ailleurs les lettres ramistes. Il est aussi le premier à les utiliser de manière systématique.

Dans le texte 4, on a encore des nouvelles propositions :

  • Le -c pour le [k] et le -ç pour le [ᶴ].
  • Le -ę pour le -e et le -e pour le -é.
  • Le ŋ pour le -gn.

 

05/12/08

Suite sur le débat orthographique sur la nécessité d'une réforme :

Qu'en disent les conservateurs ?

Guillaume des Autelz dit qu'il fait le contraire : la prononciation doit se régler sur l'écriture. Il part du principe qu'il faut arrêter l'évolution du français, car sans cela, le français se laisse trop facilement corrompre.

L'écriture serait l'élément qui permet de fixer le français. On décide d'écrire d'une manière, partout, pour toujours : on stoppe l'évolution. On en reparlera au 19ème siècle.

Victor Hugo écrit : « La langue est comme le soleil, personne ne peut l'arrêter »

 

Théodore de Bèze : c'est un autre conservateur, un auteur dramatique. On sait de lui se que lui fait dire Pelletier du Mans dans son dialogue, en tant que conservateur.

Il évoque différentes difficultés :

  • La force de l'habitude: on ne peut changer des graphies du jour au lendemain.
  • La lisibilité: il faut distinguer les homophones tels que«ait» et «est».
  • Le problème des étrangers: grâce au latin et au grec, ils comprennent plus facilement. Exemple de temps / tant / tend.
  • Le système existant permet de faire des classes de familles.
  • La nouvelle orthographe introduit plus de confusion.
  • Les lettres étymologiques donnent la beauté à la langue française: c'est un argument esthétique.
  • Le problème de l'ordre: il faut des règles et de l'ordre.

 

Réponses des réformateurs : à l'oral, on se comprend grâce au contexte, on n'a donc pas les problèmes d'homophones et de lisibilité.

Les conservateurs font toujours référence à des autorités, qui en savaient plus que nous, il faut les respecter, ainsi que la langue d'où vient le français, c'est-à-dire le latin. C'est un argument presque émotif. Marquer la filiation avec le latin permet de distinguer le français du vulgaire par l'écriture.

 

1694 Le dictionnaire de l'Académie française. Texte des Académiciens, conservateurs :

  • Désir de suivre les anciens.
  • Désir de marquer une différence sociale entre les savants, le peuple et les femmes.
  • Dauron, dans ce texte porte-parole des réformateurs, est sûrement en fait Pelletier du Mans.
  • Passage de l'écriture des avocats et autres administratifs puissants aux savants et aux gens de lettres.

Théodore de Bèze dit que si l'on écrit comme on prononce, il y aurait des centaines d'orthographes différentes (autant qu'il y a de régions et de ville). Dans sa pièce de théâtre, il écrit sous forme de pastiche :

« car celuy n'est pas dinne de bailher les regles d'escrire noutre langue, qui ne la peut parler ».

 

                                 Meigret                       Pelletier.

àCelui qui ne peut parler notre langue ne doit pas en donner les règles. C'était l'accusation faite à Meigret.

Pour Théodore de Bèze, si on les suit, on va transcrire ce qu'il appelle des bavures. Il va proposer de faire des petits changements seulement :

  • Loin au lieu de loing / loi au lieu de loy...

Le 16ème siècle s'achève sur l'échec des réformateurs. Le débat d'achève sans résultat, mais il va s'enrichir grâce à de véritables réflexions grammaticales, ainsi que des besoins de la pédagogie.

 

Depuis 1635, le roi a donné le devoir à une compagnie de régler le français : c'est la fondation de l'Académie française.

Article 26 : Les académiciens devront établir une grammaire, un dictionnaire, une rhétorique et une poétique du français. Le premier dictionnaire parait en 1694, à cause de la difficulté de sa rédaction.

Les normes que l'Académie fixera devront être suivit par tous : écrivains, savants, pédagogues...

Article 23 : Les académiciens suivront eux-mêmes les règles qu'ils imposeront.

Ils s'y intéressent pour uniformiser la langue mais cela n'empêche pas les imprimeurs de faire des propositions, surtout en Hollande et à Genèvre, non soumises à la censure du roi.

Mais jusqu'à maintenant, nous avons vu le point de vue de l'élite.

Il existe aussi des traités pour ceux qui ont besoin d'écrire le français.

En 1583, Claude Mermet, un érudit qui a écrit beaucoup de livres, à l'écart des débats orthographiques, fait paraitre :

La pratique de l'écriture du français... pour tous ceux qui ne savent pas le latin : il s'adresse à tout le monde.

Dans la préface, il indique qu'il veut soulager le public, faire une œuvre pratique et utile, et donne quelques règles à suivre.

Pour le -gn, il écrit par exemple qu'on a trois choix, et que les trois sont bons : -ngn ; -gn ; -ign.

Il laisse le choix au lecteur.

Il répond à ceux qui veulent imposer une graphie unique : la graphie, c'est comme la cuisine ou l'habillement, il peut y avoir différentes solutions.

A propos des lettres étymologiques, il écrit : « notre langue toute farcie de langue mangeable ».

Si on fixe l'écrit, on écrase, on met à mort tous les dialectes régionaux.

C'est ce qui arrive au 17ème siècle et qui continue avec l'école laïque.

1603 Robert Poisson : Alfabet nouveau de la vrée et pure ortografe francoize...en forme de dixionére.

Pour lui, le français ne vient pas de latin mais des druides celtes. Il n'invente que quatre nouveaux caractères.

 

Cf. site CNRTL dictionnaire pour avoir accès en ligne aux dictionnaires du 16ème siècle.

Cf. préface du dictionnaire de 1694 : ils ont suivit l'ancienne orthographe car elle permet de connaitre l'origine des mots.

 

Pour le partiel :

-          Soit on a une transcription diplomatique, c'est-à-dire une version originale où il faut tout étudier et elle le dira clairement.

-  

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