Femmes fatales - cours de Mr Stoev - 3ème année de licence

Femme fatale    

K5145 A. STOEV

 

L'Idiot de Dostoïevski (Babel)

Manon Lescaut de l'Abbé Prévost (Folio)

 

01/10/08

Introduction :

Pourquoi mettre en relation ces deux œuvres ? Il y a plusieurs raisons.

1) Les deux œuvres ne correspondent pas au modèle romanesque de leur siècle.

2) Les deux auteurs écrivent réellement avec leurs tripes.

3) Ce sont des romans du crime, des sortes de romans policiers avant l'heure. Dostoïevski connait un peu le genre et l'utilise pour faire un roman philosophique, voire mystique.

4) On a des romans sur la recherche de la vérité, sur Dieu et sur peut être sur la voie personnelle qui mène à Dieu.

 

Plan de travail :

 

La mort dans Manon Lescaut.

Les procédés de séductions dans les deux livres.

L'amour impossible, fantasme et l'interdit.

            L'amour et la foi.

            L'amour et le mystique.

            L'amour, la tentation, le péché et le salut.

Lumière de la foi.

            Les religions et la recherche de vérité.

            Les ténèbres, les lumières et le feu.

Les jeux (dans les deux romans).

            Les rires et les pleurs.

Temps et espace.

            Le temps dans les deux romans. ?

            Les pays étrangers. 

Narration.

            L'image du narrateur principal (les deux romans).

            Les procédés narratifs des personnages dans Manon Lescaut.

Les crimes.

            Les crimes dans l'Idiot.

            Manon Lescaut comme roman policier.

 

L'image des femmes.

 

Le diable, les étrangers et les femmes concentrent les peurs en littérature.

Les passions apparaissent comme péché et luxure.

Cf. Rosset « La paillardise attire l'adultère, l'adultère l'inceste, l'inceste le péché contre nature et après, Dieu permet qu'on couche avec le Diable. »

Cf. Vérité Habanc, auteur du 16ème siècle, qui écrit en 1585 sur les femmes qui font peur, dans Nouvelles histoires tant tragiques que comiques.

Ces femmes effrayantes de la littérature sont le résultat des fantasmes, des craintes et des angoisses des hommes, qui modifient l'image de la femme.

Au 17ème on ne brûle plus les sorcières mais dans les petits villages, on continue de parler de l'art de jeter des sorts, et en particulier sur la manière de rendre les hommes impuissants, le soir de leurs noces.

Puis au fil du siècle, les femmes deviennent plus actives et s'ouvre à l'amour. On voit apparaitre dans les textes des descriptions d'un monde à l'envers : les femmes y gouvernent les hommes et le monde.

Ces textes sont des réactions littéraires contre la présence croissante des femmes.

Presque tous les contes de la fin du 17ème, écrits par des femmes comme Madame d'Aulnoy, mettent en scène un homme bestial (Barbe Bleu, Riquet à la houppe, la Belle et la Bête). On voit que les auteurs ne peuvent décrire autrement l'amour physique et charnel, l'érotisme et le désir que par cet homme bestial.

Cf. les œuvres pornographiques du 18ème.

On retrouve aussi régulièrement le thème de l'impuissance masculine, issus des croyances populaires. (cf. Crébillon fils).

Cette idée de la passion devient peu à peu l'idée des passions.

Les femmes romanesques sont énigmatiques car issus des fantasmes masculins.

Diderot écrira que le symbole de la femme, c'est l'apocalypse.

 

Dans Les Lettres Persanes de Montesquieu, on trouve la description de situation confortable pour l'homme :

  • Les femmes parisiennes appartiennent à tous. Le mari a le droit d'être jaloux de sa maîtresse mais pas de sa femme (utopie de l'amour libre).
  • Le despotisme oriental et son harem mettent à la disposition de l'homme toutes les femmes esclaves qu'il désire (cependant on note la fin révoltée de l'ouvrage).
  • La femme moscovite est décrite comme réclamant des coups et demandant à être battue.

Puis dans l'Esprit des lois, il dit que les femmes frivoles et séductrices sont civilisatrices : en effet, elles créent des centaines d'emploi par leur coquetterie : coiffeur, bijoutier, diamantaire, etc. alors que la femme dévote qui se contente de dons tue ces emplois.

En Russie se pose une question : comment être à la mode de Paris ?

Pour cela circule des poupées habillées à la mode. Pour la coiffure, il faut faire venir des coiffeurs de Paris.

Or c'est le siècle des interdits en Russie mais aussi celui du règne des femmes fortes.

En 1800, Masson parle de « gynécocratie », c.à.d. de la domination des femmes.

Fin 18ème, surtout en littérature, on voit des descriptions des femmes russes, et notamment de Catherine II, comme des buveuses de sang et autres horreurs.

Cf. le Marquis de Sade dans Juliette.

Apres la Révolution, il y a une arrivée massive des français en Russie et de la religion catholique (qui remplace la religion orthodoxe). Les femmes peuvent enfin réfléchir sur la religion et devenir mystique, ce qui est une nouveauté en Russie (alors que cela existait déjà en France).

Cela entraine une écriture de la femme qui certes existait déjà, mais qui se développe beaucoup plus. La femme à plus de liberté. Dans ces romans, les hommes sont hésitants et éprouvés par les femmes.

Chez Dostoïevski, on voit apparaitre des femmes avec un nouveau rôle ou qui veulent un rôle social. Mais tout se termine de façon dramatique.

 

Bibliographie :

 

Pour l'Abbé Prévost :

  • Jean Sgard Vingt études sur Prévost d'Exiles.
  • René Démoris Le silence de Manon (professeur émérite de Paris 3)
  • Carole Dornier L'abbé Prévost, l'amour et la morale.
  • Jacques ProustL'objet et le texte.

Pour Dostoïevski :

  • Bakhtine Poétique de Dostoïevski.
  • Pierre Pascal Dostoïevskiet Dieu.
  • J. Catteau La création littéraire chez Dostoïevski.
  • M. Cadot Dostoïevski, d'un siècle à l'autre.
  • Freud: l'article en préface des Frères Karamazov (collection Folio)
  • Horney La psychologie de la femme (article sur la phobie de la femme)

 

 

On retrouve la peur masculine de la castration : l'homme y cherche une solution et selon Horney, c'est ce qui expliquerait le complexe de Dom Juan, avec deux théories.

1) L'homme à peur de se faire engloutir par la femme. Donc pour n'appartenir à aucune, et tente de les posséder toutes.

2) Dom Juan change de femme parce qu'il n'y trouve pas ce qu'il cherche. Que cherche-t-il donc que la femme ne possède pas ? Un pénis. Il serait donc révélateur de son homosexualité latente.

 

On parle de la manière de voir la femme :

1) La femme est aussi parfois représentée comme une femme vénale.

Manon Lescaut est-t-elle une courtisane ou est-ce le regard de Grieux qui la rend telle car c'est ce qui le séduit ?

2) La femme peut être une incarnation de la beauté et de la Sainte Vierge : l'homme reste adorateur (cf. L'Idiot).

On trouve aussi des versions où les deux modèles s'unissent (ex : Marie Magdeleine). Dès le début du genre romanesque, on se pose la question si aimer une femme, s'y consacrer, c'est perdre sa fonction sociale. (cf. Chrétien de Troyes avec Erec et Enide). Un homme doit il lui consacrer sa vie ou la femme doit-elle se sacrifier pour l'homme ?

Biographie de l'Abbé Prévost.

 

On retient surtout :

  • C'est un orphelin, placé chez les jésuites, mais sans vocation religieuse.
  • C'est un aventurier qui n'hésite pas à partir à la guerre.
  • Il renonce plusieurs fois à sa carrière ecclésiastique pour devenir officier mais il y revient tout de même.
  • Il sera arrêté en Hollande où il devient protestant.
  • Il se ruine pour une femme rencontré là-bas. On a cherché à y voir une ressemblance avec Manon Lescaut, mais il la rencontre après avoir écrit son livre.
  • A Londres, il est presque pendu à cause de ses dettes.
  • Il écrit avant tout pour gagner de l'argent.
  • 1728 il publie les deux premiers volumes des Mémoires et aventures d'un homme de qualité. Viendra ensuite la suite.
  • En 1731 parait le 7ème tome: Manon Lescaut.
  • On lui doit aussi des traductions anglaises, des essais, un ouvrage de philosophie ainsi que l'Histoire d'une Grecque moderne, qui retrace sensiblement la même histoire que Manon Lescaut. On retrouve toujours les combats de l'âme.

Pour plus de détail : http://patrick.serou.free.fr/vie_abbe_prevost.html.

Pour un résumé précis de Manon Lescaut : http://www.alalettre.com/prevost-oeuvres-manon-lescaut.php#R%C3%A9sum%C3%A9%20de%20Manon%20Lescaut

La force du roman de l'Abbé Prévost vient du fait qu'il applique à la vie de ses aventuriers des bas fonds le modèle tragique de Racine. Cela donne le roman-tragédie.

 

07/10/08

Manon Lescaut : l'œuvre débute sur la vie du narrateur.

Qui parle ? Il y a un dédoublement. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, un écrivain doit commencer par expliquer qu'il n'est pas un écrivain.  La lecture doit être utile.

Début des années 1730. Les critiques littéraires et les autres attaquent le roman : il l'accuse d'être un genre perverti, qui détruit les goûts littéraires. Vers 1737, les libraires ne reçoivent plus l'autorisation de publier les romans. Ils son donc publiés en Hollande, en Angleterre ou même à Paris mais avec une fausse ville pour le lieu d'édition.

Donc ce genre romanesque n'est pas banal. Il s'inscrit dans le modèle antique. Comme c'est un genre méprisé, il faut l'introduire et dire qu'il correspond aux idées des classes. La défense s'organise sur deux fronts :

  • C'est un genre qui remonte à l'antiquité.
  • Il donne des leçons de morale chrétienne.

Le lien entre l'Antiquité et la Bible sera visible tout le long.

Dès le début, on trouve le thème de l'aveuglement (p°141) et de la chute (c.à.d. du péché originel).

Il y a aussi l'influence des idées anglaises, de la philosophie sensualiste comme celle de Locke (l'idée de l'expérience chère aux Lumières et à Diderot).

àLe roman est un exemple qui nous aide.

Nos actions sont en contradictions avec nos pensées et nos désirs car les idées générales sont difficiles à appliquer dans la vie.

On fait la lecture d'un voyage qui apporte une expérience romanesque. Quelle instruction trouve-t-on dans ce texte ?

On est déjà dans de la provocation.

Il y a des pistes de lecture : il faut prendre l'œuvre au second degré.

Le Chevalier des Grieux est-il seulement une victime ? Nous lisons son récit et l'auteur reproduit ce récit.

àNous ne sommes pas obligés de le croire.

 

Vie de Dostoïevski :

Il incarne l'image d'un martyre, d'un prophète, d'un souffrant (comme une sorte de Rousseau) qui aime à souffrir.

Cette souffrance fait que l'auteur éprouve toujours la mort, les enfers et la résurrection. Sa vie correspond au modèle des mythes antiques et chrétiens, avec la mort au centre (≠ les romans contemporains). On a l'exemple classique de la vie de Saint-Paul (grâce à la métaphore de la l'aveuglement).

Dostoïevski est un orphelin (1821-1881). Son père est tué lors d'une révolte paysanne et c'est la que Dostoïevski fait sa première crise d'épilepsie.

Il fait des études de génie militaire et devient sous-lieutenant avant de se faire homme de lettres. C'est aussi un grand joueur : cartes, dominos, ... mais il perd toujours et devient très endetté. Il commence sa vie littéraire comme traducteur de français (Balzac Eugénie Grandet). Son premier roman date de 1896, Les pauvres gens, acclamé par le public et la critique.

Puis il y a une sorte d'incompréhension et il n'est plus autant apprécié. Dans les années 40, il fréquente le salon de Petrachevski, et commence à se poser des questions sur le bonheur. Comment peut-on rendre le peuple heureux ?

Réponse : en lui rendant sa liberté et en abolissant la République.

1848 : il y aune arrestation massive et il est condamné à mort. Dostoïevski aura une fausse mise à mort puis il sera emmené aux travaux forcés. En 1854, il est en Sibérie, où il écrit Souvenir de la maison des morts. Il y raconte des souvenirs, notamment des bains de vapeurs (avec les fers).

A ce moment là, il n'a pas beaucoup de lecture, mis à part la Bible et Dickens. Après ses 5 ans de travaux forcés, il vivra 5 ans en exil.

Ensuite il vivra une histoire d'amour qui ressemble à celle de l'Idiot. Suivra une autorisation à quitter l'armée. Il rentre alors à Saint-Pétersbourg, où il redevient écrivain et où il publie les Souvenirs. Le tsar donne de nouvelles autorisations qui libèrent un peu le pays. Dostoïevski en profite fait des voyages à l'étranger : en France, en Italie, en Angleterre... cf. les Note d'hiver sur impression d'été. Il joue et perd beaucoup.

Il souffre beaucoup quand il écrit car il n'écrit qu'au moment de l'humiliation totale. Il écrit pour gagner sa vie.

1866 Crime et Châtiment ainsi que Le joueur (c'était un contrat signé, il a dictée ce roman en quelques semaines, avant le 1er novembre). Il se met toujours dans une situation d'humiliation.

1772 Les démons (peut-on rendre les gens heureux ?). 1775 L'Idiot et L'adolescent. 1780 Les frères Karamazov.

Dostoïevski décrit toujours des personnages comme des prophètes incompris. Le guérisseur n'est pas celui qui fait des miracles. C'est plutôt le rôle des humbles humiliés. Le malade, lui, peut guérir les maladies (et non pas le médecin professionnel).

Un homme doit être changé par la souffrance et les péchés : ainsi il va vers la rédemption. Le péché est un chemin qui peut mener vers la sainteté. On ne peut pas faire de demi-mesure. On ne trouve le salut que dans l'un ou l'autre.

Les grands thèmes chez Dostoïevski :

  • L'argent (qui devient un symbole de puissance).
  • La maladie (notamment l'épilepsie).
  • Les enfants (pédophilie, meurtre d'enfants...).
  • La femme (dont il a peur).
  • La ville (aucune réelle description de la nature, il écrit les villes qui étouffent, qui enferment, la prison).

 

Il a toujours une méfiance envers les étrangers. Il pense que Pierre Legrand, qui lance la Russie sur la voie de la modernisation, s'est trompé et que les Russes ne se sentent plus chez eux.

On ne vient à Saint-Pétersbourg que pour mourir, c'est impossible d'y vivre.  Presque toutes ces réflexions concernent la direction que doit prendre la Russie. Dostoïevski n'aime pas les polonais, pour lui, se sont des êtres méprisables. Et il déteste encore plus les Juifs, qu'il voit comme des usuriers et les crucificateurs du Christ.

Quelle solution peut proposer la Russie contre la menace du catholicisme (considérer comme une religion d'Etat qui sert à gouverner), de l'athéisme et du socialisme (qui devient un exemple du césaropapisme) ? On trouve dans ses textes des utopies et des anti-utopies.

Il propose de faire découvrir l'amour fraternel, l'amour christique qui pourrait sauver le monde. Se serait là la mission du peuple russe.

Fin des années 60, il écrit toujours : « Le grand renouvellement se prépare pour tout l'univers... » (...)

Il faut manifester au monde le Christ russe.  Dostoïevski se rallie aux idées slavophiles (...).

C'est la beauté qui va sauver ou perturber le monde (et le faire périr). Il parle de la beauté qu'on doit comprendre selon l'idée platonicienne (≠ la beauté de la tour de Babel).

Ils sont en train de créer un monde sans Dieu, juste un fourmillement socialiste où les hommes s'entre dévore.

En citant les auteurs français, il entre en polémique avec eux. Il utilise ces textes pour la polémique.

C'est un dialogue lié à l'identité russe.

 

Bakhtine : notion de polyphonie du dialogue, du dialogisme, du carnaval et de l'ambivalence.

C'est un philosophe. Ses œuvres littéraires servent à bien présenter les idées philosophiques.

Son œuvre centrale concerne l'inachèvement. Il déteste l'homme figé dans une grille sociale. Le roman, pour lui, incarne une œuvre inachevée.  Sa version utopique du roman est chez Dostoïevski.

àC'est un roman qui ne donne jamais de réponse, qui pose parfois des questions, mais où chaque personnage à sa propre vérité, même le plus humilié. Le roman est un dialogue entre toutes ces voix. Les personnages sont en contradictions avec les autres et aussi avec eux-mêmes. Il y a presque une présence physique dans ce monde. Sorte d'opéra, de spectacle.

Le roman est toujours en train de se moquer de lui-même, il se développe en tant que métafiction : il réfléchit sur son avenir, ses ancêtres, sur la façon de se construire.

àQuel moment est le plus efficace pour réfléchir sur la création du roman ? Réponse : la parodie.

C'est une négation de lui-même, avec la mort au centre.

Rabelais : Dostoïevski y retrouve l'univers carnavalesque, et ce comportement est celui du roman. Les personnages tentent d'échapper à leur destinée.

Comment est ce possible ? En conjuguant le sort par l'humour, le rire et le scandale. Les personnages de Dostoïevski jouent toujours ces rôles. Ils s'humilient eux-mêmes pour montrer la vérité. Cf. Dom Quichotte.

 

 

15/10/08

Cours sur les noms des personnages dans l'Idiot.

En russe, quand on s'adresse à quelqu'un avec politesse, on dit :

Pour un homme : son prénom + le prénom de son père + -itch (= fils de)

Pour une femme : son prénom + le prénom de son père + -ovna (= fille de)

Ex :                           Adelaïde + Ivanovna

De plus, on peut avoir des surnoms : Gania Ardalionovitch = Gavrila = Gania = Ganka.

 

Il faut toujours réfléchir à la signification des prénoms.

Nastassia = qui fait renaitre, ressusciter.

Les femmes ont tendances à être associés aux figures christiques.

Nastassia est opposé à Totski = l'immortel.

Rogojine = toile en tulle épaisse.

 

On notera la forte présence des animaux :

Filipp Barachkov = l'agneau (cf. le Christ).

Lev Mychkyne = le lion et la souris (cf. la fable d'Esope).

Cf. aussi la fable de Krylov avec des références à l'âne bon et honnête. (p°236)

Le Prince Lev Nikolaïevitch à le même nom que Totski (=Afanassi Ivanovitch Totski).

Likhatchov = le cocher

Belokonskaïa = cheval blanc

Ptitsyne = oiseau

Ivolguine = c'est une sorte d'aigle.

 

L'intertextualité dans les œuvres :

Avec l'Abbé Prévost, on a peu de renvoie mais beaucoup de dialogue avec l'Antiquité et le contexte biblique.

Dans l'Idiot, on a un dialogue à la fois avec la littérature russe et la littérature française.  

On trouve beaucoup d'expériences personnelles mais c'est toujours une expérience livresque.

Dans l'Idiot, on a une interrogation sur le comportement par rapport au livre.

Il renvoie à deux grands genres : l'épopée et la tragédie.

Au 19ème siècle, Hegel fait du roman l'épopée moderne. L'abbé Prévost nous le donne déjà au 17ème siècle.

 L'épopée qui a été utilisé en tant que source des traités d'éducation et de pédagogie : Télémaque pour le duc de Bourgogne (petit fils de Louis XIV). P° 144, on trouve une vignette qui renvoi au livre 6 de Télémaque.

L'homme doit choisir entre la femme qu'il aime et son devoir.

+ L'Eneide de Virgile. Le Chevalier des Grieux se compare à Didon, la femme aimante.

On a le thème de la tragédie : Manon Lescaut peut être interprété comme une épopée qui tend vers le tragique racinien. P° 261.

On le retrouve aussi dans le Joueur de Dostoïevski. L'un des personnages s'appelle des Grieux.

Manon Lescaut reste un modèle générateur, on retrouve des ressemblances dans les thèmes.

Cf. Un cœur faible (œuvre de jeunesse) de Dostoïevski.

 

Dans l'Idiot, one ne les voit pas lire directement Manon Lescaut mais Pouchkine : tout d'abord le Pauvre Chevalier, puis les œuvres complètes, puis la Nuit Egyptienne.

On retrouve aussi Dom Quichotte de Cervantès, qui rappel Mychkyne par sa folie.

On a Madame Bovary de Flaubert, qui est une Dom Quichotte féminine, et qui construit sa vie d'après les romans. D'ailleurs la coïncidence fait que son amant s'appelle Léon.

Dom Quichotte à une forme de folie semblable à la Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils qu'on a dans l'Idiot, c'est Nastassia qui le lit. Elle correspond à Manon Lescaut. Et c'est Totski qui fournit Nastassia de Pouchkine.

 

Dans l'Idiot, on cache d'ailleurs le couteau dans un livre : l'Histoire de Soloviev. La mort sort du livre.

C'est aussi dans un livre qu'Aglaïa cache le billet qu'elle reçoit de Mychkyne. Elle le cache dans Dom Quichotte.

 

Quelles sont les lectures de Dostoïevski ?

Voltaire, Cervantès, Hoffman, Dickens, Chateaubriand, Zola (mais il ne l'aimait pas du tout), il connait aussi Diderot et Rousseau.

 

Parfois on utilise l'évocation des camélias pour parler d'une fille entretenue.

Mychkyne dit qu'il lit tout Pouchkine avec Rogojine, mais on ne le voit pas dans l'œuvre.

Lebedev lit et cite beaucoup, notamment Madame Bovary. Il est presque le narrateur du récit.

Aglaïa dit qu'elle a lut deux auteurs français à la mode à cette époque, histoire de dire qu'elle connait l'érotisme, notamment Paul de Kock.

 

On a des renvois à la littérature russe.

Le défi de Cléopâtre : viendras-tu coucher avec moi en sachant que tu seras exécuté le lendemain matin ?

C'est une image importante pour Dostoïevski, car elle est celle de la volupté de l'amant.

C'est la volupté de la femme au service de l'homme et la volupté de l'homme qui fait l'amour pour la dernière fois.

Cela rappelle l'image de l'araignée qui tue le mâle après l'accouplement.

 

On a aussi une citation de Gogol du Manteau : le manteau se transforme en une image de la féminité, en manteau féminin. Le héros est Akaki, un petit fonctionnaire qui va faire des pieds et des mains pour se procurer un manteau.

Gogol a aussi écrit la Perspective Nevski. [La Perspective Nevski est à Saint-Pétersbourg ce que les Champs-Élysées sont à Paris, soit une grande avenue vitrine de la ville. C'est aussi le lieu de toutes les rencontres, notamment en ce début de XIXe siècle. Un peintre et un lieutenant s'y promènent et y croisent deux jeunes femmes qui les attirent immédiatement. Le premier suit la brune qui s'avère être une prostituée ; le second traque la blonde, une allemande mariée. Chacun des deux hommes va, avec son propre style, mais de manière obsessionnelle, s'attacher à séduire celle dont le souvenir habite désormais son esprit.]

Cf. la signification du nom de Rogojine (toile en tulle épaisse). On a le thème de l'habit dans les noms.

 

Quels sont les genres importants pour les deux textes ?

1) le roman chevaleresque qui pose la question suivante : doit-on servir la femme qu'on aime ou sa patrie ?

Le bonheur familial est-il compatible avec la vie de service ?

C'est un renvoi direct à Manon Lescaut où le héros est chevalier (Il est chevalier de l'ordre de Malte car c'est là le rôle du 3ème fils d'une bonne famille. Ce rôle permet à la famille de ne pas partager la fortune. Or des Grieux refuse cette carrière).

Le prince Mychkyne se doit donc de protéger quelqu'un.

 

On a une modification possible : le roman picaresque, né comme une parodie du roman chevaleresque. Mais c'est toujours un roman d'initiation.

Le modèle du roman d'aventures est important pour nos deux auteurs car il se construit comme une série, une suite d'épisodes où le personnage principal subit presque la mort. Mais il en réchappe de justesse.

C'est pareil dans le roman picaresque : on a toujours la même structure + l'image d'un charme qui fonctionne au début (cf. Mychkyne et des Grieux).

Dostoïevski connaissait bien Gil Bals de Santillane de Lesage, qui est un exemple type du roman picaresque, ainsi que le Diable boiteux, du même auteur.

Le prince Mychkyne ne serait qu'un beau parleur, qui charme tout le monde, que tout le monde aime et que tout le monde prend pour un mendiant (alors que le prince est très riche). C'est une sorte de Picaro.

Ce picaresque prend une allure tragique.

On cite Racine et le cœur (avec le sens de courage), ainsi que le roman philosophique comme ceux de Voltaire (L'ingénu ou Candide). Ces personnages éprouvent le monde par leur naïveté, ils en éprouvent les règles et les lois.

Récapitulatif : le roman de chevalier à le roman picaresque à le roman tragique et philosophique

 

Cf. la description de Rogojine qui rappelle le conte de Voltaire Le blanc et le noir.

« Le jeune Mirza avait deux favoris qui lui servaient de secrétaires, d'écuyers, de maîtres d'hôtel, et de
valets de chambre. L'un s'appelait Topaze ; il était beau, bien fait, blanc comme une Circassienne, doux et
serviable comme un Arménien, sage comme un Guèbre, l'autre se nommait Ébène ; c'était un nègre fort
joli, plus empressé, plus industrieux que Topaze, et qui ne trouvait rien de difficile. »

Pour lire le conte : http://bibliotheq.net/voltaire/le-blanc-et-le-noir/page-2.html

Dans Dom Quichotte, on a la réflexion sur la possibilité de lire le roman chevaleresque. (...)

Ce personnage éponyme rappelle Mychkyne, Jean Valjean, Pickwick (de Dickens). Ce sont des figures du Christ, des hommes humiliés, persécutés et qui font le bien.

La vérité viendrait sous la forme de la folie d'un homme malade qui peut guérir les homes. Ces textes sont des métafictions, c.à.d. des romans qui parlent d'eux-mêmes.

L'homme veut vivre selon le modèle romanesque + Dostoïevski recherche dans les textes romantiques des intrigues soutenues pour passer des idées philosophiques importantes (cf. le modèle de Voltaire). + sympathie pour les humiliés + contraste.

 

Grossman cherche l'exceptionnel au cœur du quotidien et du fantastique. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Vassili_Grossman)

Victor Hugo déclare le principe des changements (de scène, d'humeur, etc.) ainsi qu'une interrogation sur la manière dont la comédie est parodié par la tragédie. (≈)

Iouri Tynianov, écrivain et théoricien de la littérature russe montre comment Dostoïevski prend les textes de Gogol pour en faire des tragédies.

 

Cf. 450 de L'Idiot : on peut se demander à quelle page du roman le livre de Madame Bovary était ouvert. On peut supposer que c'était la page du suicide. En effet, p° 458, on peut lire la description suivante : « Autour, en désordre, (...) on voyait, éparpillés, des vêtements, une riche robe de soie blanche, des fleurs, des rubans. (...) Au pied du lit, des dentelles froissées... » On a clairement la description d'une robe de marié. Une critique a analysé cette scène en la comparant à celle de Madame Bovary. Il se trouve qu'elle aussi est enterrée avec sa robe de mariée. Cette image de la robe blanche revient sans cesse (lors de la première communion, lors de la distribution des prix, quand elle parle de ses lectures, à l'opéra, dans les images qu'elle regarde...).

Dans les notes de L'Idiot, en voit que l'auteur fait de nombreuses références à l'arsenic comme moyen de mettre fin à ses jours, avant de choisir le couteau.

Yuri Lotman disait : « rien ne se perd ». On peut donc deviner que le livre est ouvert à la page du suicide de Madame Bovary.

 

22/10/08

La mort dans L'Idiot et dans le Dernier jour d'un condamné de Victor Hugo.

Exposé d'élève. Attention pour l'exposé : il faut écrire le plan au tableau avant + faire une bibliographie.

I) Les héros : Rogojine, Mychkine et le Condamné.

Rogojine est l'opposé de Mychkine. Ce dernier n'est pas un idiot mais une réflexion métaphysique pour Dostoïevski + une figure christique, un « envoyé de dieu » + naïf et candide qui veut sauver le monde + une figure salvatrice + amoureux de Nastassia Philipovna.

(Coupure du prof qui ne voit aucun rapport avec le DJC d'Hugo.)

Le condamné est lui aussi une sorte d'élu + est respecté comme Mychkine + on ne sait pas pourquoi il est condamné.

Paradoxe : on le condamne mais on a des égards pour lui.

Les trois héros attendant la mort (l'idiotie, le bagne...) et non aucune prise sur le destin.

Mychkine et le Condamné ont une répulsion pour la guillotine. Chez Dostoïevski on trouve trois passages à ce sujet : la réflexion de Mychkine est la même que celle d'Hugo : il y a la peur du regard des autres + absence des femmes + questionnement sur la douleur + questionnement sur le ressassement des souvenirs.

Le récit de Mychkine est une allusion à la propre vie de Dostoïevski.

II) Le motif du voyage.

On a la récurrence des transports.

Dans l'Idiot, c'est dans le train que tout commence, chez Hugo c'est dans une charrette.

Les transports séparent les différentes séquences des œuvres.

On n'a pas de troisième partie.

 

Question du prof : à qui est comparé le condamné ?

Réponse : on le traite comme un roi.

On ne sait pas pourquoi il a été condamné, on ne peut que faire des suppositions.

Le parallèle entre le train et la charrette est intéressant.

Cf. l'interprétation de l'Apocalypse par Lebedev.

L'absinthe = Tchernobyl (en russe) (????)

 L'étoile incarne les civilisations mécaniques modernes qui écrasent les gens et qui remplacent le pain spirituel par le pain quotidien.

Hippolyte décrit dans son songe la mort comme une mécanique.

Au centre du roman, on a le moment suprême de la crise épileptique, un moment de jouissance qui donne le modèle de l'organisation de tous les épisodes.

La guillotine est mentionnée trois fois :

1) chez la générale avec Garnia (il raconte l'exécution de Lyon).

2) avec la générale qui réclame le récit (il décrit son ami qui vit avec une araignée et l'autre qui échappe à la fusillade et qui vit une minute infinie). Cf. Borgès : Fictions Le miracle s'écrit. (Nouvelle)

3) l'exécution de madame du Barry qui crie « une minute s'il vous plait ! »

On a trois séries d'exécutions reprise par Hippolyte car il ne peut accepter l'idée de sa propre condamnation : il n'a que deux choix. Faire une œuvre littéraire soit choisir le suicide (qu'il rate).

Le thème du suicide apparait aussi chez Victor Hugo.

Parallélisme entre la femme et la mort.

 

Reprise :

Dostoïevski lit depuis toujours Victor Hugo, c'est même son auteur préféré.

Le DJC a été traduit en russe par le frère de Dostoïevski et ce dernier en aurait fait la retouche stylistique.

Dans la préface de la Douce (une histoire de meurtre) il écrit que le DJC est l'œuvre la plus réaliste de Victor Hugo.

L'idée est de montrer la résurrection de l'homme. Après le bagne, Dostoïevski développe un autre concept de son œuvre. Cf. la préface de l'œuvre, à Edgard Poe.

Il place son héros exceptionnel dans un environnement exceptionnel ou fantastique puis il décrit ce qui de se passe dans l'âme de cet homme.  Le réalisme mystique = décrire la réalité de l'âme.

Dostoïevski est prophète.

Les textes d'Hugo et de Dostoïevski commencent par des protestations contre la peine de mort, qui serait contraire au commandement « tu ne tueras point ». Nous devons pardonner.

L'attente de la mort devient un châtiment.

Quand on tue l'autre, on porte atteinte à l'image de Dieu. Un meurtre est à la fois un parricide, un déicide et un fratricide. Il n'est jamais neutre.

On a une situation du changement profond de l'homme dès qu'il est face à la mort. Tout le monde, même les athées, à une relation avec Dieu, une relation personnelle et différente pour chaque individu.

Chaque rencontre avec la mort met l'homme en relation avec Dieu. Toute la question est celle de la résurrection.

Cf. « to be or not to be » : notre vie n'est-elle que l'entrée dans une vie future ? Ou bien n'avons-nous qu'elle à vivre ?

 

Exposé d'élève. La mort dans l'Idiot et dans Manon Lescaut.

I) la narration sous l'enjeu de la mort.

Dans les deux œuvres on a un vocabulaire très présent de la mort. « Coup fatal » ; « je suis déjà mort » + omniprésence de la violence, dans les gestes et les paroles.

Enjeu de la fatalité + de la malédiction + aspect prophétique.

II) la femme comme maitresse du destin

Quand il faut faire le choix entre la liberté et l'Amour, Des Grieux choisi l'Amour. Dans l'Idiot c'est Nastassia qui concentre les passions. Elle est à la fois une « mauvaise femme » mais il y a un appel du désir très fort chez elle (d'où son besoin de sauver le Prince).

La femme reste au centre. Mais pour Manon comme pour Nastassia on peut se demander si c'est la passion ou le sacrifice qui les a tuées. C'est à double sens mais au final tout le monde souffre.

III) la mort comme dénouement

La mort est liée à l'amour. C'est aussi la mort des illusions. (...)

Dans Manon Lescaut la fatalité est c'est aussi la mort de tous les espoirs.

C'est l'apaisement des esprits par la mort.

Conclusion : La mort est une solution. La femme est au centre de ces tragédies et elles restent présentes même par leur mort. Si les femmes disparaissent, elles laissent aux autres le pire : être vivant sans raison de l'être.

 

Prof : Des Grieux n'a rien à perdre. Il a l'attitude d'un enfant alors que Manon est plus responsable, elle fait de son possible pour les faire vivre. A cette époque, trouver un protecteur est le seul moyen à sa disposition, elle n'a aucun autre choix. Quand elle le trahit, c'est pour l'éloigner d'elle, qu'il puisse vivre et se libéré d'elle. Elle ne le fait pas par égoïsme mais au contraire, par amour. Quand elle le retrouve, c'est à cause d'une faiblesse du cœur, elle l'aime et c'est douloureux pour elle aussi de l'éloigner, même si c'est pour son bien. Des Grieux n'est qu'un enfant et le lecteur doit prendre de la distance sur son récit.

 

La mort de Nastassia est sue dès le début : on sait que Rogojine va la tuer. (...)

On a la métaphore obsédante de la mort dans l'Idiot (train, araignée, regard, scorpion, échange des croix...).

Saint-Pétersbourg était considérée comme une ville maudite, comme étant la ville de l'antéchrist.

Dès le début, dans la maison de Rogojine, on voit un cadavre : le tableau du Christ. Il décrit le Christ comme un homme définitivement mort = il nie Dieu. (cf. la description de la mort par Hippolyte p° 143 V3).

Le bagne n'est pas la mort de Rogojine, au contraire c'est ce qui lui permet de ressusciter.

Cf. la définition de Dieu selon Saint-Jean : « Et Dieu était le Verbe ».

(...) La beauté c'est la psyché, l'âme qui va sauver le monde.  Nastassia fait des efforts pour échapper à son sort.

Mychkine embrasse tout de suite sa photographie, or dans la tradition russe, ce sont les icônes que l'on embrasse.

 

29/10/08

Reprise sur la mort : les crimes sont des clés pour interpréter des problèmes philosophiques et théologiques.

Le meurtre est toujours un déicide.

Quel est le but de la vie : en profiter un maximum ou se préparer à une vie future ?

On a une construction analogique entre les deux romans : une scène archétype est au centre : la mort de Manon se répète plusieurs fois (on reprend la même séquence six fois).

Chez Dostoïevski, la scène centrale est celle de la crise épileptique (la scène où l'homme voit le corps mort de la femme est la scène la plus érotique). Le traducteur dit que cette scène revient plusieurs fois (avec l'attente, la peur, le dénouement où l'on voit tout et où sent la présence de Dieu). Les scènes sont vues comme dans une pièce de théâtre, puis on a de grands blancs narratifs, puis tout reprend.

 

Inversons les personnages de Des Grieux et de Manon Lescaut (il est femme et elle est homme) : l'histoire devient banale, la femme accepte tout ce qui vient de l'homme. C'est l'inversion des rôles qui frappe le lecteur.

 

L'amour impossible. (Exposé d'élève).

  • C'est l'impossibilité de l'amour qui mène à la mort, et il fondé sur le désir masculin.

I) l'homosexualité dans Manon Lescaut entre Des Grieux et Tiberge : il dit de lui que c'est un représentant d'un paradis perdu, il vante ses caresses et sa tendresse... Des Grieux va en profiter.

Cf. Freud. Des Grieux se complait dans son rôle d'amant impuissant et se compare à des femmes (notamment à Didon).

Le thème du double dans l'Idiot : Mychkine et Rogojine sont opposés physiquement et moralement, se sont des rivaux qui fusionnent par le meurtre de Nastassia. Mychkine le pressent (il devine dans quelle maison habite Rogojine, il devine le cadavre et il joue auparavant avec le couteau). Rogojine est une part de lui-même, c'est un être divisé.

Mychkine est la part féminine qui castre (de plus il est vierge) et Rogojine est la part virile et puissante.

Il y a un échange des souffrances entre le Prince (qui compatie alors que Rogojine ne le peu pas) et Nastassia.  

Lors de l'échange des croix Rogojine n'arrive pas à embrasser le Prince. La mort de Nastassia est le seul moment où Rogojine n'a plus de haine pour Mychkine. Ils ont des postures d'amants qui prennent soin l'un de l'autre.

Nastassia et Aglaïa (p°217) « aime comme on aime la perfection » : elles sont rivales mais unies par l'amour du Prince.

On note la féminité de Mychkine dont le double est Nastassia.

Mychkine, Rogojine et Nastassia forment un triangle amoureux.

II) Manon se substitue à tout ce qu'il connaissait, d'où le lien de dépendance de la mère à l'enfant, où il est au centre.

Il accepte qu'elle se prostitue tant qu'elle quitte ses amants pour revenir avec l'argent. Elle finira par en faire un enfant perdu.

Dans l'Idiot, Nastassia et Aglaïa sont des femmes parfaites et des images de mère.

Il y a du désir et un besoin.

Manon veille sur lui, elle le défend. Or elle ne peut être mère et maitresse à la fois. (...)

Paradoxalement il ne la désire que quand elle a des traits d'enfant.

III) le caractère sacré de la beauté de la femme.

C'est parce que Nastassia est une divinité qu'elle est désirée et crainte. De plus, plus grande est la beauté, plus grande est la souillure.

La possession de ses femmes est impossible. Elles sont entretenues. L'argent symbolise le phallus de ces hommes virils. Paradoxalement, elles semblent mépriser l'argent.

La prostitution religieuse : elles sont du côté de l'interdit ; portent une sorte de culpabilité en elles. Il y a une impression de souillure. La honte ne disparait que dans la base prostitution. Manon le fait pour survivre et Nastassia pour se détruire (+ sacrifice) : elle sait comment elle va mourir, il y a une forme de sadomasochisme.

La haine pousse au sacrifice et l'amour est consommé après la mort.

Manon désire toujours retourner auprès de son amant / enfant. Des Grieux, par son incapacité à s'éloigner, la mène à la mort.

La mort est une forme d'orgasme. Le sacrifice correspond à l'acte sexuel.

On a beaucoup de détail sur l'ensevelissement de Manon. C'est pareil dans L'Idiot avec la toile. Les deux hommes cherchent à conserver le corps qui devient objet de l'amour.

C'est une scène très érotique. L'interdit est transgressé = l'acte amoureux est accomplie.

L'horreur est obscène. La répugnance et l'horreur provoque le désir.

Rogojine accorde une grande place à l'odeur. Il y a une sacralisation du corps.

 

Reprise du prof : explication de l'importance accordée à l'odeur : chez Dostoïevski, c'est ce qui permet de reconnaitre un pécheur d'un saint. Ce sont presque des odeurs idéologiques. Rogojine veut neutraliser les odeurs (odeur = esprit en russe).

Cf. l'analyse de la mère de substitution : c'est une relation qui passe par l'argent, qui devient une sorte de lait maternel.

On voit aussi la relation forte entre frère et sœur : Mychkine signe votre frère sa lettre à Aglaïa et Des Grieux se présente souvent comme le frère de Manon.

On aurait pu développer le thème de la pédophilie (Nastassia et Totski) et faire allusion à la création d'une société utopique d'enfant.

Il y a des renversements dans les rôles.

Mychkine restera chaste et vierge, du début à la fin.

Il faut souligner l'intérêt du passage sur le don de souffrance qui rend l'autre coupable.

Sur les relations homosexuelles : Des Grieux fait plus de description physique de son ami que de Manon Lescaut. Il vient pour demander de l'argent + se prostitue + déclare qu'il n'aime pas les femmes.

Pour un homme, c'est plus simple de tuer que d'aimer un autre homme.

On a avec Des Grieux l'image phallique de l'épée : il la casse et continue avec les mains. On peut parler d'autosatisfaction.

 Et Rogojine et Mychkine ne peuvent nommer le couteau, symbole du sexe.

 

[Présentation d'une bonne bibliographie : auteur (initiale + nom) titre date de parution.]

 

Des Grieux est être narcissique « Je lis ma destinée dans tes yeux. » Il s'admire et veut qu'on l'admire. Il a besoin d'un témoin qui apprécie son choix, même si c'est un rival. Le couple a besoin qu'on les observe.

 

Quels sont les moyens de séductions ?

1) les femmes : dans les deux textes, se sont-elles qui séduisent les hommes. L'homme veut séduire la société, les autres. Il utilise pour cela le verbe, le discours.

Les femmes se taisent. Manon Lescaut doit se montrer comme faible mais elles ont un autre stratagème : l'utilisation de la force par la provocation. Surtout chez Dostoïevski.

Les femmes ont un comportement presque anachronique : celui d'une femme libre qui dispose de sa vie. La séduction passe par la beauté, la flatterie... elle joue surtout sur la vanité de l'homme.

Une femme de cette époque doit être vierge pour être épousé. Dans les romans, elles doivent réussir à enchaîner les hommes sans les épouser.

Manon Lescaut refuse le mariage dès le début. Elle utilise deux stratégies : elle construit une image valorisante de son amant (qui a déjà un super égo) + construit sa propre image d'une femme parfaite qui doit entrer en communication avec l'inconscient de son partenaire. Il veut voir un être multiple, insaisissable et énigmatique.

Elle incarne l'anima de Des Grieux, elle est presque son fantasme puisqu'il veut la voir souffrante et innocente.  Manon se présente comme une déesse. Elle joue sur sa légèreté : elle le laisse prendre l'initiative, elle lui souffle dès le début des solutions à leurs problèmes. Elle a plus d'expériences et elle en joue :

  • Elle se présente comme une femme facile, afin de l'entretenir.
  • Il y a un renversement des rôles.
  • Elle applique régulièrement la technique des pleurs.
  • Elle séduit d'autres hommes: elle se montre avant tout comme un objet d'art. elle joue le rôle de la femme disponible qui appartient à un autre.

 

 

Chez Dostoïevski, les femmes veulent vivre leur vie autrement, comme des femmes libres. Mais elles deviennent des victimes. Elles n'ont qu'à se montrer et Dostoïevski à recours au motif immédiat du coup de foudre.

Mychkine, lui, voit l'image parfaite de la beauté, il reconnait la divinité. Nastassia est une femme dominatrice qui provoque le scandale et affronte les dangers.

Que font concrètement les hommes pour conquérir l'Amour des femmes ? On ne voit pas d'hommes séducteurs.

(...)

Garnia aime l'argent. On a des hommes qui veulent dominer des mondes. Pour eux, il est plus envisageable de sauver le monde plutôt que la femme qu'ils aiment.

[Le prof à ensuite fait une violente critique de Des Grieux, manipulateur, hypocrite, égoïste, mégalo...]

Certains critiques littéraires ont accusé le Prince d'hypocrisie par son comportement de Picaro manipulateur.

Ce sont des saint-populaire. Des sortes de fol-e-christ, des sortes de sots qui font tout à l'envers, mais qui sont des fous mystiques.

Cf. le film de Lounguine L'île le personnage se comporte comme un bienheureux avec un comportement inacceptable mais qui connait la vérité.

Et c'est la même idée qu'on retrouve dans la tradition catholique : un simple d'esprit qui connait la vérité ou bien un enfant, d'où le comportement de Mychkine qui trouve des enfants dans les autres qui ont oublié leur identité depuis le péché originel. C'est ainsi qu'il les domine. 

 

12/11/08

L'Amour et la foi.

Souvent on a l'amour comme une chose impossible et source de souffrance. On voit les interdits, les fantasmes par le point de vue masculin, la femme sert de bouc émissaire.

Les hommes les accusent de leur propre faiblesse.

Manon Lescaut remplace symboliquement la mère morte.

Chez Dostoïevski, (et moins chez Prévost), les personnages sont aussi des incarnations d'idéologies.

On a deux antithèses à résoudre :

Quel amour doit-on préférer : celui de la créature ou celui du créateur ?

Peut-on aimer l'autre comme soi-même ?

Il y a une opposition de l'homme à la société (vs l'époque où il appartient à la société) et il est seul.

Dom Quichotte rétablit la communauté ancienne des chevaliers : on vit alors pour les autres.

Mychkine essaye de proposer des solutions et on s'en moque, comme on se moque de Dom Quichotte.

Est-ce que les gens peuvent s'unir et s'aimer frate

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