La poésie latine - cours de Mr Heuzé - 3ème année de licence

Cours magistral sur la poésie latine.

Mr Heuzé.

Sur les oeuvres de Virgile : Les buccoliques et les Géorgiques

 

02/10/08

Fauete linguis = soyez favorables par vos langues = taisez-vous.

 

La poésie latine a une histoire, marquée à la naissance par un accident. D'après ce que nous connaissons, les poètes latins de l'histoire ancienne de Rome (4ème siècle av JC) s'exprimaient avec le vers saturnien. D'après la légende, on croyait que le Dieu Saturne avait fuit son père dans le Latium.

Or, nous n'avons de ce vers que quelques exemples, on ne connait donc pas exactement sa règle. On sait juste qu'il accorde une importance particulière à la récurrence des sons et aux onomatopées mais il n'a pas tenu dans le temps.

Au 2ème siècle av JC, le premier grand poète Ennius (qui en vérité était grec puisque l'Italie du Sud appartenait la Grèce), a commencé à écrire en latin les Annales sur l'histoire de Rome, en plus de 10 000 vers. Il a écrit ce poème en empruntant à la Grèce son hexamètre dactylique. C'est un vers de 6 mesures, composé d'une brève et de deux longues. En le répétant, cela donne le vers d'Homère. Le prestige de ce vers suggère à Ennius d'écrire son poème sur ce vers. Il ne nous en reste que 600 vers.

A partir de là, la poésie latine sera toujours appliqué à ce vers.  Cette réalité, qui joue sur la loi du vers, va peser lourd sur la suite de l'histoire. En effet, presque un dixième de la langue latine ne rentre pas dans ce vers à cause du schéma rythmique particulier au grec.

àEx : le mot imperator n'est pas utilisable. Du coup Ennius est obligé de faire un barbarisme et de le remplacer par induperator.

Ovide, qui lors de son exil écrit deux œuvres élégiaques, pour faire référence à son ami dont le nom ne rentre pas dans ce vers, doit utiliser la périphrase « toi que je ne peux nommer. » (C'est une référence à Tuticanus.)

Enfin, quand les poètes veulent nommer une femme qu'ils ne peuvent citer, ils utilisent le pseudonyme de Lesbia par exemple.

à A cause de ces difficultés, le poète latin va avoir le droit de disloquer l'ordre normal des mots dans la phrase.

Un vers de 5 termes peut donc avoir 120 formes. Cela libère la langue latine et les grands poètes latins :

  • Ennius, Ovide, Lucrèce, Catulle...
  • Tibulle, Properce, Lucain, Stace...
  • Juvénal, Martial, Claudien, Rosane...

à Horace et Virgile restent les plus beaux, les plus nécessaires, les plus... Ils sont très amis.

Horace écrit de la conversation en vers : des épîtres et de la poésie lyrique, ainsi que des odes (= élan lyrique dans sa spécificité).

Virgile : « Mantua me genuit ; Calabri rapuere ; tenet nunc Parthenope ; Cecini pascua, rusa, duces. » c.à.d.

« Mantoue m'a donné la vie, la Calabre me l'a prise, a présent Parthénope me retient ; j'ai chanté les prés, les champs et les chefs. » Mantoue est son lieu de naissance. Il meurt à Brent, le port d'embarquement d'Italie vers la Grèce, car il est tombé malade en Grèce.

Parthénope est la déesse protectrice de Naples (= Neapolis = ville neuve en Grèce). C'est là qu'il est maintenant. Ces cendres sont à Naples où il a vécu.

Pascua : référence aux Bucoliques, qui sont une imitation de Théocrite.

Rura : référence aux Géorgiques, qui sont une imitation de la poésie d'Hésiode.

Duces : référence à l'Enéide, qui est une épopée sur le mode d'Homère.

Virgile remonte le temps et l'expérience grecque. En un sens, il remonte du genre humble au genre sublime.

Il écrit des poèmes singuliers, des chefs-d'œuvre dans chacun des trois genres.

Claudel écrivit « on voit la différence entre un poète de seconde catégorie (cf. Baudelaire) et un génie, le prophète de Rome. »

 

09/10/08

Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi

Silvestrem tenui musam meditaris avena ;

Nos patriae fines et dulcia linquimus arva.

Nos patriam fugimus ; tu, Tityre, lentus in umbra

Formosam resonare doces Amaryllida silvas.

 

Il faut connaitre le début de la 1ère bucolique de Virgile : c'est sa première œuvre, publié à l'âge de 30 ans, en -40.

Cette œuvre est composé de dix poèmes, d'une longueur moyenne (entre 64 et 113 vers). Ils mettent en scène des gens de la campagne (berger et bouvier) qui sont poètes. Très vite, on voit que cette œuvre, au premier abord humble, va donner une ambition à des hommes qui va se révélé par la poésie. Celle-ci apporte le bonheur.

Ces poèmes sont à la fois nouveaux dans la poésie latine et proche du poète latin Théocrite (3ème siècle av JV). Il était de Sicile et a vécu un temps à Alexandrie : c'est d'ailleurs un grand représentant de la poésie alexandrine. Ce mouvement artistique est à la recherche de la perfection dans des dimensions raisonnables (≠ Catulle et Homère).

Cf. Callimaque, qui au 3ème siècle av JC, disait : « Un grand poème est un grand malheur. » C'est une phrase très polémique puisque qu'elle attaque directement l'écriture poétique d'Homère.

Le recueil de Théocrite s'appelle Les idylles. Cela correspond au sujet de discussion des bergers : un amour à la campagne. (idilum = un petit tableau).

Virgile, lui, écrit littéralement le chant des bouviers (voir le chant des cow-boys !) mais le terme est de Théocrite.

Les trois œuvres de Virgile ont des titres grecs et sont publiées sous le patronage d'un grand auteur grec (cf. cours 1).

Dans les Bucoliques, on a une intertextualité très forte : un mot, une couleur, une forme de vers, une image, un nom, une situation, un passage, etc. et pourtant, à chaque fois, Virgile est différent et neuf.

è Imitation et originalité en même temps.

Son succès est immédiat et le peuple fait un hommage extraordinaire à son œuvre, à sa poésie extrêmement raffinée, et cela, de son vivant. On raconte qu'un jour, alors qu'il entrait dans un amphi, le peuple s'est levé et l'a acclamé comme un empereur.

 

Lecture du texte.

Traduction : « Couché sous le vaste feuillage de ce hêtre, tu essayes, ô Tityre, un air champêtre sur tes légers pipeaux. Et nous, chassés du pays de nos pères, nous quittons les douces campagnes, nous fuyons notre patrie. Toi, Tityre, étendu sous de frais ombrages, [5] tu apprends aux échos de ces bois à redire le nom de la belle Amaryllis. »

C'est une poésie raffinée et extrêmement cérébrale. 

Résumé : toi tu restes ici à faire des poèmes alors que nous, nous devons partir et abandonner notre patrie.

Ces personnages qui ont des noms littéraires désignent des êtres réels (auquel on peut donner des noms).

Il utilise le nous de majesté. On le sert car il s'insère dans un temps réel. Le poème illustre une situation réellement vécu par les paysans : une expropriation.

C'est donc l'illustration d'une situation douloureuse. Le dialogue va exprimer la rage et la douleur, comparé au bonheur de celui qui reste.

Tityre serait le mot par lequel Virgile se désigne. En fait, il aurait obtenu un genre de laissez-passer.

Ce dialogue en développe l'expérience (le voyage à Rome + la rencontre avec le jeune Octave, futur empereur).

Il faut souligner que Virgile vit à une époque historique particulière. (Rappel historique...)

Il nous décrit l'homme sous l'arbre, la flûte au bec, qui crée la poésie.

L'homme est à l'intersection de l'arbre et du sol, qui créent un angle perpendiculaire, qu'on pensait charger de sens.

Pour le dernier vers, il y a deux interprétations possibles :

Tu enseignes à la forêt la belle Amaryllis. Tu enseignes Amaryllis, qu'elle est belle.

Le sujet du chant est donc la célébration de la beauté.

Le terme de formosa (= la beauté) ne revient jamais dans cette œuvre. C'est une interrogation sur ce qu'est la beauté.

Pour Virgile, chaque événement important est souligné d'un écho.

àIl faut enseigner les choses. Cf. poème 5 où on lit la possibilité d'un passage d'une connaissance, grâce à un poème, dont c'est la fonction.

La mise en scène de cette image si lourde de sens est faite par l'exploitation de la figure du contraste.

Ces cinq vers sont un chiasme extrêmement rigoureux, il est commenté par le raffinement d'écriture dans la musicalité.

 

16/10/08

Jorge Luis Borgès est un écrivain et un poète argentin, qui à écrits de nombreuses œuvres, dont Fictions et L'Aleph. Se sont des textes étranges, savants, forts.

Dans le recueil Histoire de la nuit, qui est aussi le titre d'un poème, on peut lire : « La nuit devint la mère des Parques tranquilles qui tissent les destins. (...) Des hexamètres latins ont modelé la nuit. »

On trouve aussi des références au sacrifice de la brebis faites aux dieux infernaux et à la nuit.

« Un monde infini par le Portique » le Portique est un nom normal pour désigner l'école de philosophie stoïcienne, car stoa, en latin, signifie portique. Cette école se réunissait à Athènes sous le portique Pecile (= colorié, varié), qui était un lei d'exposition où il y avait beaucoup de tableaux. Pausanias l'a décrit dans le 1er guide touristique.

La théorie de la nuit et de l'infini qu'on a chez Borgès se retrouvait déjà chez les Stoïciens.

Cf. l'Eneide de Virgile, on l'on peut lire : « Ibant obscuri sola sub nocte per umbras » = Il s'en allait obscur sous la nuit solitaire à travers les ombres. Ce vers décrit l'entré aux Enfers d'Enée avec la Sybille. Borgès, dans une interview, disait qu'il était près à échanger toute sa littérature pour avoir écrit cet unique vers.

 

 

1ère bucolique :

On a un enchainement de répliques dans un dialogue entre voisins, dont l'un doit partir et l'autre peut rester grâce à Octave (≈40 av JC).

Cf. le vers 51, qui commence par « Fortuna senex... »

 On lit l'évocation de la qualité du paradis, donné par un quatuor, avec les valeurs d'apaisement et de calme.

Puis le son monte, à l'image du travail et du labeur. Il faut souligner le chant rauque des tourterelles.

àOn a là une petite symphonie du bonheur.

Le monde de Virgile est extrêmement sonore ; c'est un cristal où tout résonne.

Ce caractère donne le caractère limité dans l'espace et dans l'ambition du bonheur humain : c'est une leçon de sagesse.

Dans la suite du poème, on voit l'arrivée de la poésie du soir, qu'invente Virgile. On ne lit pas un coucher de soleil comme chez Homère, mais on voit l'aurore aux doigts de rose.

Au peut observer la symétrique des cinq premiers vers : un intérieur avec un lit de feuillage et une nature morte (fromage, fruits) puis on voit par la fenêtre un paysage, un vallon, la fumée qui monte et l'ombre qui descend.

Notons la frugalité du menu, elle a un sens : elle renvoie à la philosophie épicurienne.

àConnaitre la paix du soir et se délecter des mets les plus simples : voilà le bonheur.

Cf. Apicius : c'est un gastronome célèbre qui à finit par mourir de faim, car il n'avait plus d'argent pour s'acheter les riches plats dont il avait l'habitude. L'épicurisme n'a pas toujours été respecté à cette époque.^^

Virgile ne conçoit pas la poésie sans la réflexion sur la condition humaine, sans la philosophie. On peut donc s'interroger sur quelle lueur philosophique on trouve dans chaque vers, tout en sachant que sa pensée à sûrement évoluée dans le temps.

 

Il faut savoir que Virgile a aussi écrit un Appendix : c'est un recueil de 2500 vers, des poèmes en tout genre. Cette œuvre est un vrai champ de bataille, personne n'arrive vraiment à déterminer qui est l'auteur originel de ces vers. Mr Heuzé pense qu'il y en a seulement un, un poème qui est un adieu littéraire et un bonjour à la philosophie.

Épigramme 5 : « Loin d'ici, ampoules vaines des rhéteurs, expressions boursouflées  dont le style ronflant n'a rien d'archaïque , et vous, Sélius , Tarquitius , Varron , race de déclamateurs  humide d'empâtement, loin d'ici, vaine cymbale ( de la jeunesse , et toi, ô Sextus, Sinus , souci de mes soucis , adieu ! A jamais adieu, beaux amis ! Nous mettons les voiles pour un port fortuné, nous allons entendre les doctes préceptes du grand Siron et nous libérons notre vie de tout souci, Loin d'ici, Camènes, vous aussi à jamais adieu, douces Camènes (car nous avouerons la vérité, douces vous me fûtes) et pourtant rendez encore visite à mes écrits, mais avec discrétion et rarement. » (Cette version n'est pas exactement celle cité en cours, mais je n'en ai pas trouvé d'autres.) C'est un poème précieux, qui s'il est vrai, montre que Virgile a bien connu la philosophie.

Or, paradoxalement, Épicure trouvait les poètes inutiles. La vérité, pour lui, n'a pas besoin d'atours.

Or c'est Lucrèce, un poète, qui nous a donné le plus précisément la doctrine épicurienne.

Problème : si Virgile est bien Tityre (cf. cours précédent), cela signifie qu'il a bénéficié des faveurs d'Octave.

Or dans la Bucolique 9, qui se présente aussi comme un dialogue entre deux personnages qui marchent (valeur symbolique), ils parlent de Ménalque, qui aurait perdu son domaine.

On reprend le sujet du passe-droit, qui finalement aurait échoué.

Le personnage qui parle a renoncé à un procès, et à ainsi évité de justesse la mort, au contraire de la 1ère bucolique.

Il y a donc une interprétation très complexe entre les deux : soit on a deux personnages avec noms différents, soit un personnage avec deux noms différents, soit le même nom pour différents personnages. De plus on a des noms grecs, des noms de Théocrite, des noms fantaisistes...

Virgile joue sur tous les sens, ce qui rend la lecture et l'interprétation plus complexe. On ne peut donc répondre, il y a top de contradictions. C'est un art extraordinaire du flou.

Faut-il ou non remercier Pollion pour les Bucoliques ? (sur Pollion : http://fr.wikipedia.org/wiki/Asinius_Pollion).

 

23/10/08

L'exil d'Ovide est pour lui un crève-cœur. Il y écrit Les Tristes et les Pontiques. Aujourd'hui, un auteur a fait un mauvais jeu de mot en appelant son œuvre Tristes Pontiques.

Une publicité pour une compagnie de voyage a écrit sur son affiche : « prix brisé, prix martyrisé, prix libéré » ce qui est une parodie du discours de De Gaulle : « Paris brisé, Paris martyrisé, Paris libéré ».

La marque de chocolat Léonidas porte le nom d'un très grand guerrier célèbre pour sa formule : « Ce soir, nous dînerons en Enfer ! ».     àJusqu'où peut on détourné les éléments antiques ?

 

Cf. la 9ème bucolique : elle répond à la première. Comment comprendre la relation entre Tityre et Méléagre ? Comment a évolué la situation ? On a une énigme.

On entre dans la poésie virgilienne où le flou et l'écho on autant d'importance que le net et le précis. Si on veut le comparer à des peintres, il est à la fois Monet et Poussin.

Les interprètes disent que ce poème doit être le premier. Or on ne sait pas exactement ce qui s'est passé.

Mais tout le monde est d'accord pour dire que Virgile est Tityre.

Virgile est né à Mantoue mais il a vécu à Naples. Si Tityre n'a pas réussi à garder son domaine, il faut du culot pour dire qu'Auguste est grand alors que Virgile s'est fait expulsé.

On s'interroge sur la relation qu'avait Virgile avec le pouvoir alors qu'Octave sentait le besoin qu'il avait de Virgile.

Cf. la mort de Virgile d'Herman Broch.

Cf. Jean Manœuvre qui écrit une théorie sur l'empoisonnement de Virgile (thèse à laquelle ne croit pas Mr Heuzé).

La 9ème bucolique est écrit sur le modèle de la première, c.à.d. que c'est un dialogue mais les personnages marchent. Ils citent les vers du grand poète Ménalque.

Virgile était persuadé que la poésie pouvait se trouver dans un fragment.

Cf. Claudel : « je préfère un morceau de jade à une argile complète. »

Tristesse du vieil homme qui n'arrive plus à se souvenir des vers et qui clos le dialogue par un silence.

Vers 37 de Mœris : sur fond de récit, on lit un bout de poème à Galatée, une nymphe marine aimé du cyclope Polyphère.  Cf. Théocrite.

Cette littéraire de la beauté dans le cours s'inscrit dans la tradition de l'épigramme.

Les poèmes au nombre impair de vers sont des dialogues, les autres sont des monologues.

 

On a une construction pyramidale, avec au sommet le rayonnement de la 5ème bucolique.

1 et 9 raconte des drames de l'histoire et de la politique, en rapport avec la poésie.

2 et 8 mettent la poésie en rapport avec l'expression de l'amour (sur l'homosexualité, un amour malheureux et le sacrifice récompensé).

3 et 7 sont deux chants amébées (qui se répondent par leur structure identique).

4 et 6 sont une prophétie qui annonce le retour de l'âge d'or et une cosmogonie.

5 est composé de deux poèmes amébées : un chant de mort et un chant d'apothéose.

La 10ème bucolique parle de l'Arcadie et c'est la plus belle, la plus fine, celle de l'adieu à ce monde parfait.

On est sûr de l'ordre de ces poèmes.

 

Cf. Moryl : Le secret de l'architecture des bucoliques.

Chiffres romains : numéro de la bucolique.

Chiffres normaux : nombre de vers qui la compose.

IV

90

IV 63                                    86   VI

+    = 177         156 =      +

III 114       +              +        70 VII

333   666   333

II 73          +              +         110 VIII

+    = 156           177 =       +

I 83                                       67 IX

77

X

 

L'idée d'élaborer un édifice poétique dont la base est le vers est une évidence. Si le poète croit qu'il faut enfermer une œuvre par la contrainte ou la signification, il faut prendre le vers comme base. Il y a un résultat visible.

C'est une construction unique en littérature et dont l'interprétation est très ouverte.

L'artiste a besoin de règles, aussi arbitraire soient-elles.

Interprétation possible : cf. Pythagore pour qui le monde se tient par un rapport numérique, et en particulier la musique. La vertu du nombre, c'est de dure le mal.

Cf. l'Apocalypse de St-Jean. La bête qui incarne le mal a le chiffre 666.

On a l'idée d'une symbolique, volonté d'artiste ou pensée d'auteur.

àOn a dans les Bucoliques une structure unique et parfaite.

 

13/11/08

« Siluestrem tenui Musam meditaris auena »

 On a un verbe, deux noms, deux adjectifs : c'est un vers typique qui peut avoir 120 combinaisons différentes, d'où la richesse de la poésie latine.

Faire un beau poème : explication par l'art et par la raison.

La contrainte est nécessaire à l'art.

Le chiffre est le symbole de l'être, il a un sens. 666, c'est le mal.

Mais il faut supposer que Virgile s'appuie sur autre chose. Cf. Pythagore, pour qui les chiffres sont les êtres et les garants de l'équilibre du monde. à666 est le monde et c'est aussi le poème.

Les beaux vers sont secondaires à l'architecture, à la construction numérique.

 

On doit avoir d'une part l'émotion poétique et d'autre part le calcul.

Ces deux versants de la poésie sont peu compatibles pour nous, devant la beauté du soir qui tombe.

 

La 5ème bucolique est une amébée : des chants qui se répondent. Il montre une joute poétique. Il y a un défi et un juge, ainsi que des chants. Ici, ce sont des distiques (des couples de vers).

Le premier chanteur improvise, il choisit le rythme et le sujet. Le second chanteur doit répondre, en variant sur le thème choisit, et en gardant le rythme.

 

Question : est-ce que la situation entre les chanteurs est égale ou il y a-t-il une position plus dure à tenir que l'autre ?

L'un invente et l'autre imite. Or, chez les anciens, la création, la belle création, passe par l'imitation.

Le rôle de l'imitateur est ici considéré comme plus difficile, puisque Corydon gagne la joute poétique.

Mais en fait, chaque chant est donné comme autonome et parfait.

Dans cette perspective des chants amébées, l'œuvre, la perfection à pour but d'engendrer une autre perfection.

La lecture va s'intéresser au rapport entre les deux œuvres, à la façon dont l'imitateur tire sa création d'une œuvre existante.

Pour Virgile, il existe des vers plus beaux que d'autres : on peut donc juger de la beauté, contrairement à notre société qui refuse de porter un jugement sur ce sujet, chacun ses goûts...

Le thème de l'écho joue toujours, dans la construction des bucoliques, et dans les chants même. Cf. le défi.

On a l'opposition de désordre (la cacophonie de l'injure) qui précède l'ordre (la musique de la poésie).

 

7ème bucolique : on a une ouverture harmonieuse. Les deux bergers qui au début sont égaux sont départagés.

Dans la 3ème bucolique, les deux qui au début sont inégaux, sont déclarés égaux.

Cet effet marque l'ensemble du recueil.

Au centre, on a la mort et l'apothéose qui se réponde.

N'est-ce qu'une technique de création ?

 

20/11/08

Introduction grâce à la publicité McDonald : le visage humain = la figure à c'est la clé de la poésie.

C'est l'objet le plus signifiant qui soit : il parle au psychologue, à l'ethnologue, au médecin, à l'artiste...

En littérature, une figure de style correspond au langage qui peut dire autre chose que ce qu'il dit.

Figure : latin façonner = le travail du potier, sous les doigts de qui la glaise devient déesse. Il désigne l'opération : donner du sens et de la beauté à la langue.

Cf. texte de Platon le Timée, qui est un dialogue où Platon s'imagine à la place du démiurge : le fabricateur. La réflexion porte sur le fait que le corps humain est ce qu'il y a de mieux.

Dans la genèse, c'est le travail de Dieu.

àC'est une magnificence que l'utilisation du terme « figure » pour le visage.

Quand Virgile parle de la Muse, parle-t-il d'un être de chair ou de fiction ?

 

Lecture de la 3ème bucolique : le chant amébée.

Elle forme avec la 7ème bucolique le modèle type de l'élaboration du recueil, comme la réplique à Théocrite, l'écho étant la clé de la création poétique.

C'est le poème le plus long du recueil, 111 vers. Il manque donc trois vers pour faire 333 avec la 7ème. Souvent on parle d'accident dans la transmission des textes pour justifier ce manque. Mais on peut aussi penser que Virgile l'a fait exprès.

C'est un dialogue d'injures, de reproches, plein d'amertume.

Puis le mot chant est prononcé et il va attirer la concentration. C'est une joute poétique avec un juge.

On lit une invocation à la muse et à la divinité, ce qu'on trouve toujours en début de poème.

On remarque aussi l'importance de la botanique, très symbolique, chez les anciens. Cf. les métamorphoses d'Ovide, où une grande partie explique la naissance des plantes (Narcisse, Daphné, Anémone...)

 

 

 

27/11/08

ROMA = AMOR = MARO. Poète dont le nom est l'anagramme de Rome, donc il devait avoir un sentiment particulier pour cette ville.

Virgile parle de Rome comme la plus grande chose qu'il existe, ce qu'il y a de plus beau au monde.

Pour Claudel, Virgile est le prophète de Rome.

Comment dire la beauté ? Il y a trois termes en latin :

1.      Pulcher : c'est la beauté en général.

2.      Bellus : joli (cf. le poème d'Apollinaire).

3.      Formosus : c'est le mot qu'il réserve aux bucoliques, et on ne le lit qu'une seule fois.

 

Cf. la 7ème bucolique, composée d'un prologue, d'un chant et d'un jugement. Le chant oppose Corydon et Tirsis. Le jugement est fait pas Mélibée. Ce n'est pas un personnage mais un nom à fonction poétique.

Cf. la partie sur les arbres, qui est une réponse à Socrate dans le Phèdre. Socrate se promène à la sortie d'Athènes et dit que les arbres ne lui parlent pas.

C'est un chant en quatrains. Les vers méritent de caresser les oreilles des dieux.

Les mots d'amour sont plus importants que le sexe.

L'une des qualités de la beauté, c'est la douceur, notamment du parfum de Galatée.

La référence au lierre blanc est une invention. Il n'existe pas. (...)

 

04/12/08

Le partiel sera un commentaire libre d'un extrait des Bucoliques de Virgile.

La poésie peut être contenue dans un fragment. Cf. la 9ème bucolique où les deux tristes récitent des extraits de poèmes de leu ami. Il y a dans le fragment même une possibilité de poésie, de par son ouverture.

Cf. Claudel Les souliers de satin. Il est assez rare de trouver de la poésie dans une poésie.

Le beau est dans le moins. Cf. les écritures de Marguerite Duras.

La 7ème bucolique : utilisation du quatrain.

La laideur peut-elle être agréable ? C'est un grand problème esthétique.

En donnant la victoire à Corydon, Virgile répond.

 

L'expression une grimace sardonique vient d'une plante amère.

Peut-on aller plus loin que le quatrain dans le chant amébée ? Oui, si l'on regarde la 5ème bucolique.

On a deux chants de 25 vers chacun. Il n'y a pas de juge. Il n'y a que le jugement de l'autre chanteur.

On a une atmosphère de ferveur et d'admiration mutuelle.

Cette estime se traduit par de courts passages, à la fin du poème.

Le premier chant développe un sujet au départ peu bucolique :

-          La déploration de la mort de Daphnis, qui pose un deuil sur la nature. C'est une peinture de l'affliction générale.

Daphnis est un nom courant, Virgile joue sur la carte du flou. Ce nom désigne aussi bien un héros bucolique, roi des bergers et des poètes, que Jules César, par l'évocation du deuil général. Cf. histoire de la comète qui serait apparu dans le ciel à la mort de l'empereur.

Or, après la 5ème bucolique, on a l'épitaphe de Daphnis. Ménalque chante l'apothéose de Daphnis :

Daphnis éclatant, admire le seuil nouveau pour lui de l'olympe

Et voit sous ses pieds les nuages et les astres.

 Le flou est la garantie d'un grand nombre de possibilité d'interprétation.

Et in Arcadia ego = Moi aussi j'étais / je suis en Arcadie. Cf. tableau de Poussin.

Il entre dans le monde des dieux.

Cf. le poème de Théocrite où Daphnis est sur le chemin de l'au-delà.

Inspire Virgile par son apothéose. C'est une réponse poétique sur la mort.

La réponse est une possibilité de beauté seconde, en écho.

Interrogation sur la condition humaine.

On a le sentiment d'un jeu poétique et l'occasion de poser les grandes questions.

On a la poésie comparée au sommeil et à la boisson.

 

11/12/08

J'étais absente.  Il semblerait qu'il n'y ait pas eu grand-chose de nouveau.

 

18/12/08

Fin sur la 4ème bucolique.

Indication musicale : on passe du pipeau à un orchestre. Puis on a la profération chargée de mystère qui annonce un grand événement.

v-4 à v-17 : Virgile à l'air de dire que contrairement aux autres, il sait ce qu'il y a dans le Grand livre des prophètes.

C'est un poème rare car il est à la première personne.

 

« Muses de Sicile, élevons un peu le ton ; les arbrisseaux et les humbles bruyères n'intéressent pas tous les esprits. Si nous chantons les bois, que les bois soient dignes d'un consul. Le dernier âge prédit par la Sibylle est arrivé : le grand ordre des siècles recommence ; Déjà revient aussi la Vierge, revient le règne de Saturne : déjà du haut des cieux descend une nouvelle race. Chaste Lucine, favorise seulement la naissance de cet enfant sous lequel cessera l'âge de fer et renaîtra l'âge d'or pour le monde entier : déjà règne ton cher Apollon. C'est de ton consulat, Pollion, que datera cette brillante période, et que les grands mois commenceront leur cours. C'est sous tes auspices que les traces de nos forfaits, s'ils en reste encore, disparaîtront pour toujours délivrant l'univers d'une éternelle alarme. Cet enfant vivra de la vie des dieux ; il verra les héros mêlés avec les dieux ; ils le verront lui-même et il gouvernera le monde pacifié par les vertus de son père. »

 

Le retour de la vierge : on suppose que c'est la Justice, partie du monde des humains, ou bien une constellation (problème : aucune constellation n'est jamais partie...).

àOn ne sait pas ce qui est dit. Va-t-il y avoir une nouvelle création d'humain ?

On est entré dans un schéma temporel mieux connu car on le retrouve chez Hésiode, notamment à propos de l'humanité qui régresse.

 

A propos de la naissance de l'enfant : quel sera son rôle ? Il sera le témoin des événements.

Le consulat de Pollion a lieu en -40 : Virgile prend le risque de dater l'événement.

Cette prophétie de dit pas qui est exactement cet enfant, on a donc des dizaines de suppositions :

Le fils de Pollion / Drusus / un Dieu inconnu / Mithra / Dionysos / Octave / un Dieu solaire...

Mais c'est à la fois un être réel et un symbole.

Par la réticence à dire le nom on a une volonté affirmé de se taire.

On y a aussi vu le Christ : du coup, Virgile a été sacralisé. Lactance a développé cette reprise de la lecture christologique.  

De plus, Virgile a historiquement pu connaitre les juifs et l'histoire du messie.

 

On a l'homme au trois temps : au berceau, à l'école, et dans sa vie d'adulte. Les temps heureux sont déjà là.

Le poète doit montrer au lecteur, il a un pouvoir de dévoilement.  Ici, il montre l'immense idée du monde. Il est le réceptacle de la joie qui émane de cet événement. ( ??).

Virgile dit qu'il chantera mieux qu'Orphée et que Linus, les enfants respectifs de Calliope et d'Apollon.

 

Pourquoi cette référence à l'Arcadie ? C'est une région du Péloponnèse en Grèce, très sauvage, avec des montagnes. Toutes les bucoliques sont censées se passer en Arcadie. C'est la patri du roi Lycaon et du Dieu Pan : c'est un label de qualité. Mais c'est seulement dans la 10ème bucolique qu'on peut le comprendre.

 

Conclusion du poème : on passe de l'immensité au minuscule, par le rire du nouveau-né. On a des problèmes d'interprétations.

 

 

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